Si tu ne sais pas ce que Dieu veut pour toi, la Parole de Dieu t’éclaire avec insistance ce matin. « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple […] Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter […] Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez », avons-nous entendu dans le livre du prophète Ezékiel. Saint Paul n’est pas en reste : « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » Dieu n’a qu’une envie, qu’un désir, qu’un projet : nous faire vivre. Plus encore, nous sortir de la mort pour nous mener à sa Lumière. Nous créer ne lui a pas suffi, il veut encore nous recréer. Et l’Evangile marque comme un sommet chez Saint Jean. Un mort ressuscite. Rappelons-nous que chez Saint Jean, on ne parle pas de miracle, ni même de prodige. Il n’y a pas de miracle (dynamis) ou de prodige (terata) dans Saint Jean, il n’y a que des signes (semea). Des signes qui racontent et annoncent ce projet de Dieu pour toi, pour, nous.
J’ai parlé de recréation. Il y a en fait un mot pour dire ce projet : résurrection. Mais le récit de Lazare déplace peut-être notre compréhension de ce qu’est la résurrection. Elle n’est pas un concept, une idée, une croyance, un développement théologique. Elle n’est même pas – je suis désolé si c’est ce qu’on vous a appris – la vie après la mort. Marthe aussi fait l’erreur : « Je sais que mon frère ressuscitera à la résurrection, au dernier jour », dit-elle à Jésus. Mais Jésus lui répond : « Je suis la résurrection et la vie. » La résurrection est une personne : Jésus. Une personne vivante et présente avec nous de toujours à toujours, depuis les origines jusqu’à la fin des temps. Il est la résurrection qui ne commence ni ne finit, il est puissance de la Vie jaillissante à chaque présent. « Viens dehors », nous dit Jésus à chaque instant, comme il appelle Lazare à sortir de son tombeau, pour nous faire nous aussi sortir de nos tombeaux. Avec une Parole qui réalise ce qu’elle proclame, sauf à rester sourd à la Parole.
C’est ce que nous avons vécu, hier, lors de la récollection de doyenné qui nous a fait vivre à Puypéroux l’expérience d’un pardon qui vient libérer nos cœurs et nos vies de tout ce qui les enferme, et c’est ce que nous revivrons encore lors des célébrations du pardon qui nous serons proposées les jours prochains. Car le pardon que Dieu nous offre est déjà expérience de résurrection, remontée de la mort à la vie, réouverture à l’Alliance originelle, revitalisation du Corps du Christ que nous formons.
Expérience de foi. Le retour à la vie de Lazare provoque notre foi, à quelques jours de la semaine sainte et des célébrations de la fête de Pâques. Car c’est bien la foi de Marthe et de Marie qui est mise à l’épreuve. « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra », dit Jésus, « quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Propos d’une folie sans nom. Nous savons bien que nous mourrons, quelle que soit la qualité de notre foi. Il nous faudra passer, un jour ou l’autre, par le mur abyssal de la mort et connaître la mort. Même Jésus est mort. Mais il nous l’assure, si nous mettons toute notre foi en lui, si nous croyons en lui qui est la Résurrection, la mort n’a aucun pouvoir sur nous, puisque nous connaissons déjà la Résurrection.
Saint Paul le dit lui aussi à sa façon. Ou plutôt, nous rappelle cette réalité que nous oublions peut-être trop souvent parce qu’elle est inouïe et dépasse nos cadres de compréhension : « Si le Christ est en vous », dit-il, « le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l’Esprit vous fait vivre. » Or, nous pouvons affirmer que le Christ est en nous. Nous pouvons l’affirmer à bien des reprises et notamment lorsque nous prenons la dernière place, dans une charité inventive. Nous pouvons aussi l’affirmer à chaque fois que nous célébrons l’eucharistie et que nous communions à ce Corps qui est le Christ. Nous pouvons l’affirmer parce qu’en communiant au Corps du Christ, nous devenons le Corps du Christ et sa demeure est bien en nous, autant que la notre est en lui. Si nous disons que l’Eucharistie est « le pain de la Vie », ce n’est pas parce qu’il serait magique ou énergétique ou thérapeutique ! Mais bien parce qu’il est le Christ qui est la résurrection. L’Eucharistie nous ressuscite, ressuscite le Corps ecclésial, l’Eglise, pour qu’elle annonce au monde, en en vivant elle-même, la Bonne Nouvelle de la résurrection, la Bonne Nouvelle du Christ.
Si tu cherches ce que Dieu veut pour toi, le récit de Lazare te le raconte : il te veut vivant dans la confiance en la Parole de Jésus, il te veut ressuscité. C’est dans le Mystère de Pâques que tout sera définitivement scellé, et nous célèbrerons cette victoire dans quelques jours. Mais déjà, rendons grâce à Dieu pour cette recréation qui nous sauve de la mort, pour le Christ qui nous ressuscite déjà sans attendre demain, pour l’eucharistie qui nous donne de participer à cette résurrection, et qui fait de nous des signes et des témoins de ce que Dieu réalise dans le monde.
Amen.
P. Benoît Lecomte






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