Homélie du 21 février 2021 par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 21 février 2021

Il ne faudrait presque pas trop en dire, tellement ces textes et récits s’imbriquent les uns les autres, se répondent et dessinent de façon remarquable, par petites touches superposées, le Mystère de l’Alliance, celui du Fils et celui du baptême. Il nous suffirait de méditer chacune des phrases, chacun des mots et de les mettre en lien les uns avec les autres pour se trouver devant un tableau de maître récapitulant toute l’économie du salut, tout le plan de Dieu. Et si les 40 jours dans le désert «  consacrent le temps du carême » comme le dira la prière eucharistique tout à l’heure, ce n’est pas le temps du désert qui est évoqué ici, mais bien le projet de Dieu en ce début de carême : l’Alliance, la proximité du règne de Dieu, l’actualité et la puissance de l’Evangile. Nos regards ne sont pas tournés vers la poussière du désert et l’aridité de la pénitence. Ils sont tournés, bien plutôt, vers les couleurs de l’arc-en-ciel et la joie du salut par l’Évangile.

Voilà qui nous trace le chemin, en nous indiquant le but. Non pas qu’il nous faille oublier le chemin à parcourir, la conversion à recevoir et à vivre et tout ce que le déluge a à faire mourir en nous et en notre monde. Mais il ne faut surtout pas entamer et traverser ce temps de carême sans viser l’horizon, sans regarder le but. Et le but, c’est Pâques, l’Alliance, le renouveau, la résurrection et la Vie. La résurrection de Jésus Christ et notre propre résurrection par la grâce du baptême dont les eaux, tel un déluge en nos vies, font mourir tout ce qui nous retient à la mort pour nous faire renaître à l’Amour, à Lui. Le baptême, « engagement envers Dieu d’une conscience droite et qui sauve par la résurrection de Jésus Christ », rappelait Saint Pierre. Le baptême, proclamation de l’Aujourd’hui de l’Evangile, comme Bonne Nouvelle en notre monde et pour notre temps.

Mais à l’immédiateté et à la plénitude de l’amour de Dieu pour nous, nous ne pouvons répondre que par ce temps de conversion, de retournement, d’apprivoisement, de reconnaissance et d’accueil du don de la grâce, du travail de l’Esprit. Nous sommes bien des terreux, des glaireux tirés du sol. Et nous avons besoin de temps, de travail et de patience pour nous déployer, pour déployer en nous nos capacités, pour laisser notre humanité s’ouvrir à ses potentialités d’amour et de vie. Et il nous faut creuser, biner, bécher, arroser pour que progressivement nous sortions de nous-mêmes et accédions à notre véritable stature humaine, celle que nous formons et réalisons dans la communion de nos différences, à l’image de Celui qui nous a créé et nous crée encore.

Les fleurs qui circulent depuis mercredi dans tout notre doyenné Sud Charente manifestent cette croissance progressive, ce travail que l’Esprit fait en nous et que nous voulons laisser faire, à la mesure des pardons échangés et reçus, des réconciliations vécues, des blessures dépassées, des relations renouvelées, des confiances retrouvées. Si la Parole nous rappelle le but, si le carême nous dit un chemin, voici les pas que nous avons à faire : apprendre à pardonner et pardonner encore, pour construire notre unité. Unité intérieur et paix du cœur, unité nos communautés humaines, de nos communautés chrétiennes et de tous les êtres vivants, unité et communion avec et en Dieu dans l’éternité de sa présence à nos côtés : c’est dans l’unité, la paix et la communion que se laisse découvrir l’Alliance voulue depuis toujours. Mais ces pardons ne sont pas si évidents. Ils ne sont pas vagues excuses, et encore moins oublie des blessures. Ils sont ouverture vers l’avenir et donc recherche de la justice, exigence de la vérité. Ils sont solidarité en acte, engagement dans le quotidien des décisions politiques, économiques, sociales, au niveau où chacun est. Ils sont accueil de la différence et du différent, en priorité de celui qui est rejeté, oublié, malade, isolé, condamné. Ils sont main tendue sans attente de retour, attention bienveillante au monde qui nous entoure, ils sont parole d’encouragement ou de dénonciation selon que jaillissent les chemins de vies ou les tentations de mort. Ils sont creusements de nos suffisances, de nos orgueils, de nos égoïsmes, ils sont décentrements de nos petites personnes pour nous mettre à la place de l’autre et se mettre à l’aimer. N’est-il pas là, ce désert à vivre et à traverser, à ne pas esquiver pour atteindre le but, avec la faim et la soif de justice et d’amour, de partage, de regard d’espérance. Avec la lutte qu’implique une telle traversée, aventure autant humaine que divine – le Christ lui-même ayant mystérieusement osé la vivre dans son abandon à notre humanité. Pour nous aimer jusque là, pour nous connaître jusque là, pour nous chercher jusqu’en cet en-bas, jusqu’en ces déserts, jusqu’en cette poussière, et nous ramener avec lui, tout entier, dans la Lumière.

Il n’en va pas seulement de nous-mêmes, de nos petites existences aussi grandes soient-elles, de nos petites communautés, de nos petits cœurs ou de notre relation personnelle à Dieu. Un carême engage le monde, et peut le changer et le transformer. Ce temps au désert est à prendre au sérieux, comme une responsabilité dont l’humanité a besoin, cette humanité qui cherche tant sur quoi s’appuyer et à qui se fier. De même que l’annonce pascale de la résurrection entraînera avec elle toute la Création, de même le temps du carême et de ce creuset vient, par l’Église « dans le Christ en quelque sorte sacrement, c’est-à-dire à la foi signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium 1), de même, ce carême toucher toute la Création et l’invite à entrer dans l’Alliance renouvelée. « Lorsque l’arc apparaîtra je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants » (Gn)

L’Evangile n’est pas une suite de petites histoires de Jésus pour, selon, faire peur ou endormir les enfants. L’Evangile est Souffle de radicalité qui appelle à changer de vie, appelle à la conversion… « C’est maintenant le moment favorable », entendions-nous le mercredi des cendres. « Les temps sont accomplis », entendons-nous aujourd’hui. « Le règne de Dieu est tout proche », n’attendons pas, « convertissons-nous et croyons à l’Evangile ! »

Amen.

P. Benoît Lecomte

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