« Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ». On le sait bien, ces paroles que l’on connaît par cœur, ne sont pas d’abord les nôtres. Ce sont les paroles de l’ange Gabriel. C’est SA manière d’entrer en relation avec Marie le jour de l’Annonciation.
« Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni ». Là encore, ces paroles sont un emprunt. Un emprunt fait à Elisabeth, celle qui accueillit sa cousine avec ces mots qui jaillissent de son cœur rempli d’Esprit Saint.
En revanche, chers frères et sœurs, les paroles qui suivent sont vraiment les nôtres : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ». Nulle part dans la Bible, nous ne trouvons Marie invoquée comme la « Mère de Dieu ». À aucun moment de l’évangile, Marie n’est appelée « Theotokos », « celle qui enfante Dieu ». Et c’est d’ailleurs pour cette raison que Nestorius, évêque de Constantinople au début du IVème siècle, refuse catégoriquement de lui donner ce titre. Pour lui, dire que Marie est « mère de Dieu » est inapproprié. Elle est mère de l’homme Jésus, pas de problème ! Elle est mère du Christ, ça va encore. Mais comment Marie peut-elle être la mère de Dieu ? Alors ça, Nestorius nous met au défi de lui expliquer.
C’est la raison pour laquelle, chers frères et sœurs, un concile a été convoqué en 431 dans la ville d’Ephèse pour traiter cette question théologique. Et je dis bien « théologique », et non pas uniquement « mariologique », car, au fond, la problématique de Nestorius n’est pas d’honorer ou non la Vierge Marie qu’il considère comme un personnage central de l’histoire du salut. La question de Nestorius touche à la Personne de Jésus.
Alors, rassurez-vous, je sais bien que la nuit a été courte et je ne vais donc pas faire ce matin un cours de théologie pour résoudre ce problème épineux. Mon propos se contentera de relire le dernier verset de l’évangile de ce jour pour éclairer un peu cette question. « Quand fut arrivé le huitième jour, écrit saint Luc, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, nom que l’ange lui avait donné avant sa conception ».
L’évangéliste ne se paye pas de mots pour rappeler d’où vient le nom de l’enfant. Ce n’est ni une idée de Marie, ni une idée de Joseph. C’est l’ange lui-même qui donna à Jésus son nom. Un nom déjà utilisé par les Juifs, mais qui prend ici une signification nouvelle : « Sois sans crainte, Marie, lui dit l’ange Gabriel, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin ». Autrement dit, chers frères et sœurs, le nom de Jésus n’est pas qu’une métaphore, ni même qu’une vocation. Il ne fait pas que rappeler le salut de Dieu. Jésus EST le Dieu Sauveur. Il EST le Salut de Dieu en tant qu’il EST le Fils du Très-Haut, le Messie attendu qui règnera pour l’éternité.
Ainsi, pour répondre à Nestorius, et peut-être aussi à tous ceux qui doutent encore de cette appellation non-biblique, Marie ne peut pas être que la mère de l’homme Jésus. Car l’homme Jésus n’est pas une enveloppe charnelle qui viendrait recouvrir le Dieu éternel. L’homme Jésus n’est pas une représentation humaine nécessaire à la faiblesse de notre foi. L’homme Jésus EST le Verbe fait chair. Il EST le Dieu qui assume l’humanité. Car il n’y a pas d’un côté le Fils éternel et de l’autre l’homme temporel. En Jésus, il n’y a qu’une Personne, le Verbe qui prend sur lui une humanité concrète, réelle. Comme le disait saint Cyrille dans une formule célèbre reprise par le concile d’Ephèse : « Un seul et le même est le Fils, le Seigneur, Jésus-Christ : le même parfait en divinité et parfait en humanité ». Et c’est la raison pour laquelle Marie n’est pas seulement la mère du Fils Unique, mais également la mère du Seigneur, la mère de Jésus et la mère de Dieu.
Alors, chers frères et sœurs, osons prier ensemble, en ce premier jour de l’année civile, celle qui enfanta Dieu. Osons invoquer sa puissance pour qu’elle nous accompagne dans chacun des pas que nous ferons tout au long de cette nouvelle année :
Je vous salue Marie,
Pleine de grâce,
Le Seigneur est avec vous,
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni.
Sainte Marie, mère de Dieu,
Priez pour nous, pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.






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