Homélie du 11 octobre 2020 par le P. Benoît Lecomte

Barbezieux - Baignes - Barret

Publié le 11 octobre 2020

(28ème dimanche TO A – Messe des familles – baptême de Laura)

Que ce soit un anniversaire, un baptême, un moment entre amis, une fête de famille, une sortie entre collègues… une rencontre à laquelle on tient ne se conçoit pas sans un repas. Simple et rapide ou plus élaboré, le repas est le lieu et le moment indispensable pour une rencontre réussie. Ce moment où les discussions partent dans tous les sens, où l’amitié est à son comble, et où parfois les choses les plus importantes se partagent.

Aujourd’hui ce n’est pas à un simple repas auquel le Seigneur nous invite, mais à un « festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. » Vous allez me répondre : « à la messe, avec ce petit bout de pain sans levain et cette coupe qu’on ne partage même pas entre nous tous, on est un peu loin du festin de viandes grasses ! » C’est vrai, ce n’est pas ce que l’eucharistie donne à voir. Mais c’est ce qu’elle donne à vivre. En cette eucharistie, ce ne sont pas seulement des viandes succulentes et quelques bons vins qui nous sont offerts en festin, mais Dieu lui-même qui se donne à nous en nourriture. Le pain de vie, l’Amour Tout-Puissant qui vient se nicher au plus profond de nous pour que nous vivions de Lui. Rien de plus nourrissant pour notre vie de tous les jours. Rien de plus succulent que ce goût d’amour qui vient nous envahir, même si nous ne ressentons rien d’extraordinaire sur le moment. Rien de plus désaltérant que cette source rafraîchissante et vivifiante pour irriguer notre quotidien et tout ce que nous avons à faire.

« Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. » Un repas de noces. Non seulement un festin, mais un festin pour une occasion bien particulière, celle d’un mariage, la célébration d’une Alliance. Les noces du fils du roi, ou l’Alliance de Dieu avec l’humanité, avec nous tous et chacun de nous, en son Fils Jésus Christ. Le royaume de Dieu, le royaume d’amour, la société fraternelle et juste, de paix, de respect et de communion que nous attendons tous, est comparable à cette noce si particulière de Dieu qui fait Alliance avec nous. Le royaume de Dieu se joue et se réalise dans ce festin royal, dans cette eucharistie à la fois concrète et mystique, en cette Eglise réunie pour le repas de noce.

Avec l’Église. Avec nous tous. Et plus largement encore avec tous ceux qui sont invités : ceux qui ne viennent pas, ceux qui ne sont pas prévus, ceux qui viennent quand même, ceux qui sont prêts, ceux qui ne sont pas prêts, ceux qui sont habitués, ceux qui ne connaissent pas, ceux qui savaient et attendaient, ceux qui ne savaient pas et sont là. La geste du roi, la geste de Dieu est généreuse, large, entreprenante et désintéressée. Dieu nous invite. Tous ! Des quatre horizons du vent, de toutes les cultures et toutes les religions, de toutes les pratiques et toutes les traditions… il invite l’Homme. L’Homme avec un grand H, l’Homme de tous les siècles et de tous les lieux, les bons comme les mauvais. Dieu veut que toute l’humanité prenne place aux noces de son Fils, il veut que toute l’humanité s’assoie à la table du festin, prenne part au repas de fête. Pour vivre, avec cette humanité, notre humanité, un temps – ou une éternité – de communion et de partage, de joie et d’allégresse, d’amitié et de fraternité. Un temps – ou une éternité – d’amour partagé.

C’est ainsi que Dieu t’appelle ce matin, Laura. Et qu’il t’invite à prendre ta place dans l’Église pour devenir témoin de ce désir de Dieu de rejoindre amoureusement tous les hommes. C’est pour cela – pour vivre cela, cette mission précise – que tu vas être plongée tout à l’heure dans l’eau qui te fera ressusciter avec le Christ. C’est pour cette mission que, comme le dit le psaume, le Seigneur va répandre sur toi un parfum sur ta tête, cette huile sainte et parfumée par laquelle tu deviens un autre Christ pour ce monde. C’est pour cela que tu vas revêtir le vêtement de lumière et de vie, qui invite tout homme à se tourner vers la Source de toute Vie. Et pour témoigner qu’ « en Lui nous espérions, et il nous a sauvé ! » (Is)

C’est ce que nous voulons vivre, à chaque eucharistie. Mais l’eucharistie à l’Église le dimanche… en tout cas, on peut imaginer qu’elle ne suffise pas à Dieu. Car notre eucharistie est sûrement encore trop étriquée dans ses règles et ses rites pour que tous se sentent invités, attendus, accueillis ! Alors il nous faut ouvrir notre eucharistie et notre vie d’Eglise à notre quotidien. A notre quotidien, c’est-à-dire à toutes nos relations, à tous nos engagements, à tous nos projets et à tous nos doutes, à tous nos élans et à toutes nos questions. Faire de notre quotidien, marqué par tant et tant de défis personnels et collectifs, une immense eucharistie et le lieu permanent de notre vie d’Eglise. Faire que ce repas de viandes succulentes et de vins décantés se vive dans nos poignées de mains, dans nos regards posés, dans notre écoute attentive, dans notre accueil bienveillant. Faire que ce repas se réalise dans nos réconciliations et nos pardons. Faire que ce repas soit le lieu de nos sorties vers nos prochains, les plus pauvres d’abord, ceux qui ont besoin, ceux qui sont en manque : de tendresse, d’amour, de biens, de considération, de reconnaissance de leur dignité, etc. Les systèmes que nous avons mis en place, la crise que nous traversons laissent tant et tant de nos contemporains – et peut-être nous-mêmes aussi – sur le carreau, dans la crainte de la suite, dans l’expectative. Les serviteurs de l’évangile s’en vont par tous les chemins pour inviter et rassembler tous ceux qu’ils croisent. Pour que le Seigneur « fasse disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples, qu’il essuie les larmes sur tous les visages et par toute la terre, efface l’humiliation de son peuple », disait Isaïe. Et le Seigneur « comblera tous vos besoins selon sa richesse, magnifiquement, dans le Christ Jésus », continue Saint Paul. « Selon sa richesse », selon l’infinité de son amour, de sa miséricorde, de sa tendresse et de sa joie.

Que ce jour de ton baptême, Laura, que nos jours à nous tous soient d’infinis repas de fête, non seulement dans nos goûters d’anniversaires et nos fêtes de familles, mais sur toute la planète et pour tous les hommes de ce monde, dans une fraternité universelle, dans l’Esprit d’une même famille humaine.

Amen.

P. Benoît Lecomte

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