« Alors paraît Jésus. » Ces trois mots en disent long.
Nous voilà au tout début de la vie publique de Jésus. On l’avait vu bébé, couché dans une mangeoire, entouré de Marie et Joseph. On avait su qu’à 8 jours à peine ses parents l’avaient pris avec eux pour fuir en Egypte le temps que passe la colère d’Hérode, puis qu’ils étaient revenus s’installer à Nazareth. Mais depuis, il avait disparu des récits et des radars. Qu’a-t-il vécu ? Comment a-t-il grandi ? Qu’a-t-il fait de sa jeunesse ? Nous ne le saurons pas. Rien ne nous sera dit sur la majeure partie de sa vie. 30 ans plus tard, l’homme qu’il est devenu réapparait. Homme au milieu des hommes, il prend sa place dans la foule qui se presse au bord du Jourdain pour écouter Jean le Baptiste. Il prend sa place dans l’histoire de l’humanité, dans l’histoire d’un peuple. Il prend place parmi les pécheurs, et tous ceux qui ont besoin de se convertir. Etonnement de Jean le Baptiste et de nous-mêmes : comment cet homme, dont nous connaissons déjà l’identité grâce aux récits de sa naissance, aurait-il besoin de conversion ? Mais les faits sont là : il demande à être plongé, lui aussi, comme tous les autres, avec tous les autres. Homme parmi les hommes, comme depuis le début, comme depuis sa naissance, comme il en sera jusqu’à sa mort. « Laisse faire pour le moment », dit-il simplement à Jean. Et « Jean le laisse faire. » Rien ne le distingue de ceux qui sont autour de lui, personne même, à part Jean, n’imagine qu’il soit différent des autres. « Alors paraît Jésus », l’homme dont on n’avait plus de nouvelle.
Mais ce retour sur la scène, à l’occasion de son baptême (qu’il ne faudrait pas confondre avec le sacrement du baptême que nous célébrons et que nous avons reçu, qui est, lui, l’événement de Pâques… Jésus n’en est pas là et le mot « baptême » désigne une toute autre réalité), son baptême, donc, est l’occasion d’une théophanie, d’une manifestation de Dieu. L’Esprit de Dieu descend sur lui et la voix du Père le désigne comme son « Fils bien-aimé. » Alors paraît Jésus. Mais cette fois, dans sa divinité, dans sa messianité. Dans ce Mystère d’un Dieu qui s’est fait homme et qui vient partager notre vie d’homme, tout en demeurant Dieu. Voici sous nos yeux le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Son baptême est l’occasion de désigner Jésus comme le Fils de Dieu, « 2ème personne de la Trinité », diront les théologiens. En remontant des eaux, « les cieux s’ouvrirent », parce que toute la création et tout le cosmos est concerné et ébranlé. « Alors paraît Jésus » comme « le Seigneur des Seigneurs », comme « Dieu » lui-même.
Alors paraît Jésus dans son identité médiatrice et mystérieuse de vrai homme et vrai Dieu, mais aussi dans sa mission. Car déjà au jour de son baptême, toute sa mission se dessine et se révèle. Les lectures qui précédaient l’évangile l’attestent. Il est celui que Dieu a appelé, celui qui était attendu par le prophète Isaïe et « sur qui repose l’Esprit. Celui qui proclame le droit aux nations, qui rétablis la justice, qui est la lumière des nations, qui ouvre les yeux des aveugles et de tous ceux qui habitent les ténèbres. » Il est celui qui ouvre le salut à toutes les nations, comme l’exprimera l’apôtre Pierre à Césarée, comprenant que tous ceux qui désirent la bonne nouvelle de la paix peuvent la recevoir dans leur cœur, puisqu’en Jésus, le Père s’adresse à tous les hommes. Alors paraît Jésus comme « celui avec qui Dieu est, et qui passe en faisant le bien et en les guérissant tous. » Il est « l’Alliance », dit Isaïe. C’est-à-dire qu’il est le projet de Dieu avec l’humanité, et celui qui réalise ce projet. Il est ce pour quoi Dieu nous a créé. Cette manifestation de Jésus comme Christ n’est pas un spectacle qui nous est donné à voir. C’est la révélation de ce qu’il va vivre désormais jusqu’au bout : plonger dans la vie des hommes et jusque dans le mal et le péché pour les en libérer, révéler la puissance de vie que Dieu offre à tous sans condition. Alors paraît Jésus, non pas pour se montrer, mais pour nous entrainer avec Lui dans une histoire qui nous saisi par Lui.
Alors paraît Jésus. Il y a 2000 ans, sur les bords du Jourdain. Et encore aujourd’hui, il continue d’être là, d’apparaître, d’être présent, en notre monde. Prenant place au milieu de notre humanité déboussolée et de notre monde inquiétant. Il plonge encore, pour nous rejoindre là où nous sommes, jusqu’au cœur des conversions que nous n’arrivons pas à vivre. Il paraît encore aujourd’hui, comme chaque jour du temps, dans sa Parole et par son Esprit qui souffle où il veut, et dans l’Eglise, son Corps visible dans le monde, son Corps formé de tous les baptisés. C’est à nous, aujourd’hui, de donner à voir Jésus, son humanité et sa divinité, de donner à voir sa mission et de coopérer avec lui, en vivant cette mission au quotidien avec tous ceux que nous rencontrons. En étant signe d’Alliance. Il paraît encore en cette eucharistie, que nous célébrons et en laquelle il se donne à voir et à manger, nourriture, pain de la route et pain de la Vie.
Alors paraît Jésus. Accueille-le dans son Mystère et dans son action, dans sa Parole et dans sa Présence. Accueille-le en ton cœur, en ta vie. Il plonge dans le Jourdain, et en toi, pour que tu entendes toi aussi la voix du Père te dire : « Tu es mon enfant bien-aimé(e), en qui je trouve ma joie ».
Amen.
P. Benoît Lecomte






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