« Dieu dit : ‘faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance’ ». Alors « Dieu créa l’homme à son image, à son image, il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : ‘soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la’ ».
Voilà les mots, chers frères et sœurs, que nous avons entendus dès le début de cette vigile. On ne peut pas s’y méprendre, tout est vie dans ce récit de la Genèse. La terre prend vie avec la création de la lumière. Le sol prend vie avec la création des plantes. La mer prend vie avec la création des animaux. Et cette création qui bouillonne, qui fourmille, qui foisonne est couronnée par la création de l’homme et de la femme. On peut le dire sans détour : la mort est absente du projet de Dieu. Dieu est vie. Dieu donne la vie. Dieu accompagne la vie. Et c’est cela qui est « très bon ».
Le problème, on ne le sait que trop bien, c’est que l’homme, trompé par le serpent des origines, ne va pas se contenter de cette vie auprès de Dieu. Il en veut plus. Il en veut trop. Il le veut autrement, d’une manière autonome. Il refuse de se laisser saisir par cette création foisonnante. Et son geste, son refus de se soumettre librement à son Créateur, va inexorablement causer la mort. Mort de la création, mort de l’harmonie, et en définitive, sa propre mort.
C’est d’ailleurs dans cette perspective que se trouvent Marie-Madeleine et l’autre Marie dans l’évangile que nous venons d’entendre. Saint Matthieu le dit clairement : elles « vinrent pour regarder le sépulcre ». Comment faire autrement ? Elles étaient là, au pied de la croix. Elles ont vu Jésus, défiguré, rendre son dernier souffle. Elles ont vu sa mère accueillir sur ses genoux son corps inanimé. Elles ont vu Joseph d’Arimathie emporter cette chair meurtrie dans ce tombeau scellé d’une lourde pierre. Elles ne peuvent donc rien vouloir d’autre en ce matin de Pâques.
Et c’est là, au cœur de ces ténèbres, que le projet de Dieu, son appel à la vie, va s’accomplir. Non pas en ignorant l’histoire, le passé et le péché de l’homme qui a mené son Fils à la mort. Mais en l’intégrant. Mieux, en le dépassant ! « Voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre », cette terre créée par Dieu se soulève ! La vie originelle reprend ses droits ! Elle crie, elle tremble ! Alors « l’ange du Seigneur descendit du Ciel, il vint rouler la pierre ». Et il opère un retournement fulgurant : « Vous, soyez sans crainte ! dit-il aux deux femmes. Je sais que vous cherchez le Crucifié. Il n’est pas ici, il est ressuscité ». « Venez, voyez l’endroit où il reposait ». Cet endroit qui, il y a peu, était synonyme de mort, n’est plus que la trace du passé. C’est pourquoi, les deux femmes n’ont plus rien à y faire. Et l’ange les appelle à partir. « Allez trouver vos frères ! » leur dit-il. Allez dire aux disciples : Jésus « est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ». Alors, « vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie ».
Chère Emma, chère Fleur-Anne et chère Nora. C’est précisément ce mouvement que vous allez vivre en cette nuit de Pâques. Dans quelques instants, vous allez passer de la mort à la vie avec Jésus. Je ne vous le cache pas, il y a de fortes chances qu’il n’y ait ni tremblement de terre, ni ange qui vous apparaisse. Mais c’est mieux comme ça ! Car cela risquerait de vous détourner du véritable tremblement de terre qui va se passer au plus profond de votre être, sans faire de bruit. C’est intérieurement que votre vie va être renouvelée. Dans le silence extérieur, mais dans le foisonnement du cœur.
Vous êtes venues ce soir pour voir un sépulcre ? Vous êtes venues pour conformer votre vie au Crucifié ? Par l’eau du baptême, vous allez renaître avec lui et pouvoir, comme Marie-Madeleine et l’autre Marie, quitter le tombeau, à la fois remplies de crainte et d’une grande joie. Car, comme elles, vous ne serez pas appelées à rester là. En plongeant dans la mort et la résurrection du Christ, vous serez appelées à partir. Partir pour annoncer la Bonne nouvelle à vos frères.
Pour cela, vous allez recevoir l’Esprit Saint, le Don de Dieu dans le sacrement de la confirmation. Esprit de puissance et de force, Esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, qui vous enverra témoigner de la vie reçue de Jésus. Pour le vivre pleinement, entourées de tous vos frères chrétiens, vous recevrez enfin l’Eucharistie, Pain de la vie. Car la route est longue et le chemin escarpé pour rejoindre ceux qui attendent de votre bouche la Bonne Nouvelle du salut. Le Corps du Christ sera pour vous « Pain pour la route ». Le Sang du Christ scellera l’Alliance que Dieu vient d’accomplir en vos cœurs.
Alors merci à toutes les trois. Merci pour la joie immense de toute notre communauté qui vous accueille dans ce grand Corps que nous formons. Merci aussi de nous permettre de raviver le Don que nous avons reçu le jour de notre baptême. Merci enfin de nous permettre de recevoir avec un cœur ardent le Ressuscité qui se donne en nourriture pour nous offrir sa vie. Dans quelques instants, vous allez faire partie intégrante de notre communauté chrétienne, soyez assidues à venir vivre avec nous des sacrements qui font de nous des frères et sœurs dans le Christ Ressuscité. Amen. Alléluia.








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