Christ est ressuscité ! Il a vaincu la mort ! Alléluia !
Ce cri pourrait n’être qu’un doux rêve. Ou une sorte d’illusion portée par une foi hors sol. Une nourriture facile pour optimistes naïfs. Car si Jésus « a tout réconcilié par le sang de la croix », si par sa mort il a cloué la haine sur la croix, si sa passion – résurrection est signe d’une réconciliation enfin retrouvée… force est de constater que seuls ceux qui veulent bien y croire adhèreront. Il n’y a pas longtemps à passer pour voir les dégâts dans notre monde, les violences et l’injustice proliférer, la division gagner chaque jour un peu plus de terrain, et les quelques paroles invitant à la paix et au dialogue, bâillonnées. La Bonne Nouvelle de Pâques a-t-elle un poids de réalité, ou est-elle un simple chant pour croyants éthérés ? Que faisons-nous cette nuit : nous distrayons-nous joyeusement, ou annonçons-nous un réel changement de régime pour notre monde ?
La violence, les conflits, les divisions, et les crises en tous genres ont toujours existé. De tous temps on s’est battu, on s’est déchiré, on s’est opposé. La vision d’un monde de communion, où « le lion joue avec l’agneau », où l’on s’aime les uns les autres sans aucune anicroche est une vision hors de tout réalisme.
Mais précisément. Et si l’annonce de la résurrection de Jésus ne nous projetait pas dans un monde parallèle au notre, mais nous enracinait encore davantage en notre monde, tel qu’il est ? L’annonce de la résurrection du Christ ne fait pas l’impasse sur l’existence de la mort et du tombeau. Et toute l’histoire sainte qui nous a été rappelée ce soir au fil des lectures, est marquée de cette présence du mal qui, partout, s’insinue mais qui, partout aussi, est vaincue par la fidélité de l’amour de Dieu, par son pardon et son Alliance inébranlable. L’annonce de Pâques nous dit que tout est accompli. Et cela l’est sûrement, car Dieu ne pourra rien nous dire de plus que ce qu’il nous dit cette nuit par la résurrection de Jésus. « Voilà ce que j’avais à vous dire », dit l’ange aux femmes devant le tombeau. Sa Parole est décisive, définitive et totale. Il n’y a et il n’y aura rien de plus à dire que ceci : « Christ est ressuscité ». Alors devant les cataclysmes en tous genres qui continuent de se produire partout autour de la planète, entre nous et parfois en nous, l’annonce de Pâques nous invite, au cœur de la nuit, à rester éveillés, les yeux ouverts, à repérer les forces de pardon, d’unification, de bienveillance, d’entraide, de service, de dialogue, d’humilité et de relèvement, à les faire se lever quand elles n’existent pas assez, et à y participer activement non du bout des doigts ou sur nos temps libres, mais de toute notre existence. L’annonce de la résurrection de Jésus, loin de nous projeter dans un monde irréel, nous renvoie à ce monde dans lequel nous vivons, pour vivre de cette Bonne Nouvelle. Car si nous ne pouvons que constater la poursuite ininterrompue des violences, des conflits et des divisions, nous pouvons aussi mettre toute notre confiance dans l’annonce de l’ange, des femmes et des disciples au matin de Pâques. Celui qui était mort, celui qu’on a crucifié, celui qui a donné sa vie jusqu’au bout en son dernier repas et sur la croix, celui-là est bien revenu à la vie, il est vivant à jamais et il entraine à sa suite tous ceux qui lui ouvrent leur cœur et leur vie. N’est-ce pas l’expérience que nous faisons-nous-mêmes lorsque nous nous présentons à lui désarmés devant notre misère et nos peurs et lui demandant sa miséricorde ? Ou quand nous nous désaltérons aux sacrements de l’Eglise qui actualisent en nous l’œuvre de sa promesse ? Ou quand nous nous déployons dans le service des uns pour les autres, dans la fraternité et la confiance ? Ou quand nous sommes témoins de retours à la vie, à la joie et à la paix après des temps de rupture, d’épreuve, de petite mort ? Ou encore quand nous nous recevons mystérieusement en une seule et même Eglise, malgré notre diversité, devenant signe d’unité possible et de réconciliation pour le monde ?
La résurrection de Jésus accomplit le plan de Dieu et sa promesse. Mais Dieu ne nous sauve pas sans nous, sans son peuple. Cet accomplissement passe par nous, au-dedans de nous. « Frères, dit Saint Paul, nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. » L’annonce de la résurrection de Jésus n’est pas la promesse d’une vie future meilleure, mais l’annonce d’une transformation radicale de notre vie, « une vie nouvelle », dès aujourd’hui. Le baptême que nous avons reçu et dans lequel des dizaines de milliers de personnes sont plongées cette nuit, réalise cette promesse en nous. Nous devenons, tous ensemble, le signe non pas hors sol, mais bien réel de cette résurrection, par notre nouvelle manière de vivre qui réalise ce qui était inimaginable : désormais, le loup est capable de jouer avec l’agneau.
Au cœur de cette nuit, réveillons les sources de notre baptême. Replongeons à l’annonce première de la résurrection de Jésus. Réentendons l’appel de Dieu à vivre en femmes et en hommes nouveaux, et répondons-lui par toute notre existence.
Oui, Christ est ressuscité ! Aux carrefours de notre monde, vivons en ressuscités avec lui ! Alléluia !
P. Benoît Lecomte
















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