« Pour que le monde ait la vie. » C’est le thème qui a été choisi pour la visite du pape en France ce week-end, et il vient résonner au milieu de notre eucharistie ce matin, en communion avec celle célébrée par le pape à Lourdes. Ici et là-bas, c’est la même Parole qui est proclamée, le même Pain qui est rompu, le même Christ qui se donne à nous. Et il se donne à nous « pour que le monde ait la vie. »
N’est-ce pas cela qui est en jeu dans le baptême qu’Augustin va recevoir et dans lequel nous avons été plongés il y a plus ou moins longtemps ? Nous recevons du baptême la vie même de Dieu, pour que « notre vie ne soit plus à nous-mêmes, mais à lui qui est mort et ressuscité pour nous » (2Co 5, 15). Nous recevons dans le baptême la vie du Christ, qui fait de nous des prêtres, des prophètes et des rois qui peuvent alors prier, témoigner et servir le monde, les femmes et les hommes de notre temps, pour leur donner cette vie de Dieu. Augustin, si tu es baptisé aujourd’hui, c’est pour que par toi, désormais lié à jamais au Christ, le monde ait la vie.
Mais, soyons honnêtes, cette vie rencontre des difficultés en nous. Notre cœur, sollicité par tant et tant d’appels divers, n’est pas toujours totalement disponible à cette vie, que nous n’arrivons alors plus à transmettre aux autres. Il y a, en chacun de nous, des hésitations, des pas en avant et des pas en arrière, des élans et des freins, de la confiance et de la peur. Il y a des « oui mais » et des refus. Les mots de Jésus dans l’évangile nous parlent d’une situation que tous les parents connaissent : un enfant qui accepte de rendre un service qu’il ne fait finalement pas, ou au contraire un enfant qui ronchonne et refuse d’abord, avant de se mettre en mouvement. Et cette situation ne s’applique pas uniquement aux enfants : nous-mêmes, adultes, la connaissons aussi pour nous-mêmes. On est plein d’allant pour s’engager quelque part, pour aller visiter quelqu’un, pour se former, pour prendre du temps avec telle ou telle personne, et puis on trouve mille excuses pour ne pas le faire. A l’inverse, on peut rechigner à aller à telle ou telle réunion, à faire telle ou telle tâche, et puis on va s’y mettre malgré tout. Cette page d’Evangile, nous la connaissons de l’intérieur de l’ordinaire de nos vies.
La Parole de Dieu nous rassure et nous encourage ce matin.
Elle nous rassure parce que Jésus nous redit qu’il y a toujours moyen de se convertir. De changer. De se rendre davantage accueillant à son invitation. C’est ce mouvement que Dieu regarde. « Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie [...] C’est certain, il vivra, il ne mourra pas », annonçait Ezékiel. Rien n’est jamais fichu dans nos vies comme dans la vie des autres. Encore faut-il ouvrir le cœur, la conscience, l’intelligence, regarder avec clairvoyance et lucidité notre conduite. La dignité de l’homme est aussi là, dans sa capacité à se reconnaître tel qu’il est, sans se déprécier, ni à l’inverse s’encenser. Et fort de ce regard, de progresser en direction d’une attitude meilleure, plus juste et accordée à la volonté de Dieu. Ce qui est rassurant, c’est que Dieu ne regarde pas d’abord le résultat, mais le mouvement, la volonté et la mise en pratique de cette volonté. Lui veut que tous les hommes soient sauvés, et il ne nous sauve pas sans nous, sans notre coopération, sans notre conversion. Mais jamais il ne nous enferme dans un jugement définitif ; toujours il nous laisse la liberté de répondre à son invitation. Pour que le monde ait la vie, pour que le monde ait la possibilité d’accueillir cette vie de Dieu en son sein et d’en vivre. Cette vie qui est amour et pardon.
Et c’est cette vie, donnée par le Christ au monde dans sa passion, sa mort et sa résurrection, qui vient transformer toutes nos relations, toute les relations interpersonnelles, à toutes les échelles de la société. Les mots de Saint Paul dans sa lettre aux Philippiens sont d’une exigence radicale et d’une beauté absolue. « Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez à ceux des autres. » Imaginez que nous vivions toutes et tous, moi le premier, de cette délicatesse les uns pour les autres… et le monde en est transformé. Essayons, ne serait-ce qu’aujourd’hui, de vivre de cette dynamique : elle nous mène assurément vers la sainteté. Jésus s’est anéanti pour prendre la condition de serviteur jusqu’à la mort sur la croix (Ph 2, 1-11). C’est pourtant cette « descente » », cette « sortie de lui-même » qui fait que son nom est exalté au-dessus de tout nom et qu’il est Le Vivant par tout l’univers. Dans ce mouvement, il va donner au monde la Vie, sa Vie.
Entrons, nous aussi, dans ces dispositions que nous offrent notre baptême, les dispositions du Christ Jésus. Dans cette fraternité vécue jusqu’au bout, le monde que nous habitons découvrira une autre vie, celle du Christ qui tend la main à chacun pour entrer dans son mouvement, dans sa dynamique, dans son salut.
Que cette eucharistie, la même célébrée ici et tout autour de la planète, nous nourrisse de la présence, de la douceur, de la force et de l’amour du Christ. Et que, transformé intérieurement par elle, « le monde ait la Vie. »
Amen.
P. Benoît Lecomte.







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