Après-demain, c’est la rentrée des classes. Et avec elle, une nouvelle année qui commence. Même si nous ne sommes pas élèves, l’année scolaire rythme toute notre organisation, nos engagements, et ce jusqu’aux prochaines grandes vacances. C’est le début d’une nouvelle période qu’il nous est donné d’habiter et de vivre. Les prochains jours et les prochaines semaines vont être occupés par l’aménagement de notre emploi du temps, les rendez-vous à prendre, les trajets à prévoir… Peut-être allons-nous aussi profiter de cette nouvelle année pour prendre de nouveaux engagements : en famille, avec tel ou tel groupe ou relation, au travail, en association, en Eglise, en paroisse. En ce temps de rentrée, peuvent se mêler l’excitation et l’inquiétude ou l’appréhension des nouveautés et de l’inconnu.
Mais la question que vient nous poser la Parole de Dieu, au cœur même de ce temps si particulier, peut être exprimée en quelques mots : « Cette année, quelle va être ton moteur ? Après quoi vas-tu courir ? Quelles vont être tes priorités ? Tes points d’appuis ? Tes repères ? Quel sera ton horizon ? Et en quoi vas-tu t’enraciner ? »
Nous pouvons avoir déjà quelques perspectives : de résolutions à tenir, de réussite, de projets particuliers, d’objectifs à atteindre… Les disciples de Jésus en ont un : faire en sorte que Jésus réalise sa mission de rétablissement du Royaume de Dieu en chassant l’occupant romain. Et ils sont près à protéger Jésus de toute agression si cela devait se présenter. C’est en tout cas ce que laisse entendre Pierre quand Jésus annonce qu’il sera tué : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas ! » Sous-entendu : « Nous sommes là ! » Mais la réponse de Jésus est cinglante : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Et Jésus renverse les perspectives. Toutes les perspectives : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive… Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. » Jésus trace son chemin, il sait où il veut aller, où il doit aller, et par quelles étapes il doit passer. Et ce chemin passe par l’abandon et la confiance en son Père, il va jusqu’à l’absolu de l’amour qui est de donner sa vie. Les paroles de Pierre auraient pu être rassurantes et tentantes : éviter le pire peut être attrayant. Mais le cœur de Jésus est enraciné dans sa mission, dans son amour pour son Père, et il s’accroche à cette boussole pour aller jusqu’au bout. Il écoute ce que le Père lui dit au cœur. Comme dans le livre du prophète Jérémie : face à la moquerie, le prophète disait : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. Mais la parole du Seigneur était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir. » Magnifique combat spirituel contre Dieu, que le prophète arrive à perdre.
Car c’est de cela qu’il s’agit en ce début d’année : quelle place allons-nous laisser au Seigneur non pas en plus de tout le reste, mais au cœur même de notre emploi du temps, de nos activités, de nos engagements et de nos relations ? « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu », disait Saint Paul. On entend comme une réponse à l’attitude de Pierre dans l’évangile. Mais c’est une exhortation qui nous rejoint directement en ce temps de rentrée. Comment vais-je renouveler ma façon de penser ? Quels choix faire pour répondre à la volonté de Dieu ? Quelles décisions prendre et qui engageront les 10 prochains mois ? Comment vais-je renoncer à moi-même et « perdre ma vie » à cause de Jésus, c’est-à-dire aussi laisser la place aux autres et écouter les autres, et non moi seul ? Que vais-je donner pour « que le monde ait la vie », comme le pape Léon a choisi de nous faire méditer lors de sa venue en France ? Avec quelle qualité vais-je aimer, non pas à ma façon mais à la façon de Dieu, non pas en protégeant le Christ de ce que je ne voudrais pas qui lui arrive mais en lui permettant de se donner jusqu’au bout et totalement ?
En ce temps de rentrée, l’heure est au discernement. C’est-à-dire à l’enracinement de notre cœur dans la Parole de Dieu. En commençant par faire silence, encore plus si l’agitation et la crainte nous gagnent. Puis en écoutant cette Parole. L’écoute profonde, dans le silence et dans l’accueil des paroles de nos frères et sœurs qui nous entourent, car le Seigneur parle par eux aussi. Enfin, en écoutant notre cœur, enraciné et rendu attentif. Pour répondre à la question : cette année, quel va être ton moteur ? Comment vas-tu suivre le Christ jusque dans sa joie de se donner, pour vivre avec lui et rayonner de sa résurrection à laquelle il te fait participer depuis ton baptême ?
La Parole de Dieu vient questionner chacun en ce temps de rentrée. Elle nous invite à nous poser avant de démarrer en trombe. Elle vient aussi nous questionner en communauté chrétienne, en Eglise, perdre sa vie, c’est la donner aux autres, c’est transformer nos relations, c’est grandir en fraternité. La rentrée est aussi celle de la paroisse, de ses changements, de ses nouvelles organisations. Le Corps que nous formons peut et doit aussi se poser la question de ce qui va nous animer tous nos groupes, toutes nos équipes, tout au long de cette année. Pour ensemble chercher « quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire ce qui est parfait ».
Amen.
P. Benoît Lecomte







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