Commençons par la fin : « celui qui mange ce pain vivra éternellement. » Vivre éternellement, je ne sais pas si c’est très enviable. Ça peut être long. Très long. Le rêve de l’immortalité n’est pas forcément celui de tout le monde : on peut avoir envie de se reposer aussi à un moment, quand on a eu une vie bien remplie. Ou alors, on pense qu’il s’agit de la vie après la mort, qu’on appelle « vie éternelle », comme si elle commençait à un moment alors qu’elle est éternelle. Je me rappelle d’un échange un jour avec des jeunes de 17 – 20 ans sur la vie éternelle… une fille du groupe ne participait pas du tout à la discussion. Alors je lui demande pourquoi et elle me répond : « ta vie éternelle, ça ne m’intéresse pas. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de vivre à fond aujourd’hui. »
Cette jeune fille avait raison, et c’était bien de cela que j’étais en train de parler : la vie éternelle, c’est de vivre l’aujourd’hui avec une intensité toute divine, avec une plénitude de présence et de relations, dans un amour puissant qui nous ouvre à toutes les dimensions du moment, comme un cadeau de Dieu. La vie éternelle, dit Jésus ailleurs, c’est de connaître Dieu, le Père, et celui qui l’a envoyé, son Fils. De connaître Dieu non pas d’une manière intellectuelle ou extérieure à soi, mais de le connaître de façon intime, dans l’expérience de notre vie. Parce que « Dieu est amour » (1 Jn 3), on peut dire que la vie éternelle, c’est de vivre dès aujourd’hui dans l’amour, en aimant.
Or pour vivre, il faut manger. Nous mangeons, je pense, ici, tous les jours. Ce n’est pas le cas pour tout le monde ni dans tous les pays, et nous faisons l’expérience qu’il est nécessaire de manger pour vivre. Mais si ce pain et cette nourriture, que nous mangeons tous les jours, nous font vivre, nous savons aussi que nous mourons ensuite. Il est le pain, elle est la nourriture d’un instant, qui offre l’énergie et les éléments nécessaire à l’activité de notre corps pour un moment. Mais elle passe. Tel n’est pas le pain qui descend du ciel, dit Jésus. Alors il nous propose sa chair à manger et son sang à boire. Non pas pour avoir l’énergie nécessaire pour l’activité du moment, mais pour vivre éternellement.
Nous sommes peut-être comme les juifs dans l’évangile, qui s’étonnent entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Mais Jésus insiste : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. » Comprenez : la vie éternelle. Ce pain, que nous mangeons à chaque eucharistie, ce vin que nous buvons, ne sont plus du pain et du vin. Ils sont son Corps et son Sang. En tout cas, nous les reconnaissons comme tels, depuis que Jésus, au soir de son dernier repas, a pris le pain puis le vin, les a bénis, puis a demandé à ses disciples d’y reconnaitre son Corps et son Sang. Il a fait ces gestes, cette prière et dit ces paroles dans un acte d’abandon, de donation de lui-même. Il s’est offert lui-même en nourriture. Mais pas en une nourriture d’un instant. Il s’est offert, et depuis le soir de la Cène, il s’offre lui-même à chaque eucharistie, en nourriture qui donne la vie éternelle. C’est-à-dire en nourriture qui ouvre le cœur à l’amour de Dieu, et nous fait entrer en communion avec lui. Voilà ce qu’est la communion : une plongée dans l’amour de Dieu, parce que Dieu vient plonger en nous, vient habiter en nous, viens faire en nous sa demeure.
Mais Saint Paul dans sa lettre, nous pousse un peu plus loin. Ayant parlé de la communion au sang du Christ et au corps du Christ, il ajoute : « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain. » Ainsi, cette communion au corps et au sang du Christ transforme les relations entre nous. Puisque nous communion à un seul pain qui est un seul corps, Saint Paul nous dit que nous ne formons plus qu’un seul corps. Nous sommes transformés en ce que nous avons mangé. Et nous voilà liés intimement les uns aux autres, comme nous sommes liés avec le Christ : nous devenons le Corps du Christ. Ce Corps dans lequel nous entrons par le baptême, et dont nous renouvelons notre appartenance à chaque eucharistie.
Et le Corps du Christ n’est pas destiné à lui-même. Il est donné, toujours donné. Il est pour les autres, il est pour le monde, toujours en sortie de lui-même, toujours en donation. Aussi, si nous communion (et si vous communiez aujourd’hui), ce n’est pas uniquement pour nourrir et entretenir votre relation avec Jésus. C’est aussi et dans un même mouvement pour être, avec toute l’Eglise, donnés au monde, et témoigner par la qualité de nos relations avec chacun, de l’amour de Dieu qui rend libre, joyeux, et qui sauve. Communier au Corps et au Sang du Christ est une joie, une grâce, un don, et aussi une mission : celle de vivre avec toute l’Eglise la même qualité d’amour avec les gens, que Jésus a eu avec les contemporains de son époque.
Que cette eucharistie nous fortifie dans la foi en ce Mystère. Et que votre première communion nous donne de redécouvrir la richesse, la profondeur et la beauté de ce sacrement, qui bouleverse notre vie toute entière.
Amen.
P. Benoît Lecomte







Laisser un commentaire