« Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. » Ces mots de la lettre de Pierre, adressés à l’Eglise, et donc à nous, nous impressionnent sûrement. Pour autant, ils ne doivent pas nous gonfler d’orgueil. Bien au contraire, ils nous obligent à une grande responsabilité, à une belle mission que le Seigneur nous confie bien mystérieusement.
Depuis l’événement de Pâques, depuis la mort et la résurrection de Jésus, nous voyons, à travers les Actes des Apôtres, que le Seigneur fait grandir la communauté des croyants, et qu’il appelle des gens de tous horizons, en grand nombre, à s’adjoindre à cette communauté. On l’a encore entendu tout à l’heure : « la parole de Dieu était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement. » Le groupe grandi tellement vite, et avec des gens si différents les uns des autres, que l’on découvre le risque des divisions, brisant l’unité et la communion entre tous : « En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque » et les uns se sentent moins bien traités que les autres. Il faut alors s’organiser, quitte à « inventer » des ministères qui n’ont pas été prévus. Ce qui va être fait lorsque les apôtres vont imposer les mains sur 7 hommes choisis dans la prière et le discernement, pour devenir ce qu’on appellera plus tard les premiers diacres, laissant aux apôtres la charge essentielle de la prière et du service de la Parole. C’est ainsi que naissent des ministères et des fonctions. Il ne s’agit en fait pas tant d’inventer, que d’écouter ce que l’Esprit inspire à l’Eglise naissante pour répondre à sa mission première de vivre du Christ et d’annoncer « ses merveilles ».
Il en était ainsi des premiers siècles de la vie de l’Eglise… Mais ces débuts ne cessent de se poursuivre, et l’Esprit d’inspirer de nouvelles formes de vie d’Eglise pour répondre de façon toujours plus pertinente dans le monde d’aujourd’hui, à sa mission première. A celles et ceux qui parlent d’une Eglise déclinante, vieillissante ou qui n’arriverait pas à se renouveler, faisons entendre une autre musique, qui est la réalité de ce que nous vivons. Certes, des initiatives s’essoufflent et ont du mal à être renouvelées. Mais nous n’en sommes encore qu’aux commencements de l’Eglise, à son enfantement, vivante de l’éternelle jeunesse de l’Esprit Saint. Il ne s’agit pas tant de regarder ce que nous faisons, que de nous mettre toujours au diapason de l’Esprit Saint qui ne cesse d’accompagner son Eglise en faisant d’elle son Temple, pour faire d’elle « cette descendance choisie, ce sacerdoce royal, cette nation sainte, ce peuple destiné au salut ». Ce peuple duquel, Aurore, tu vas désormais faire partie, appelée que tu es par le Père pour devenir une pierre vivante de la construction bâtie sur la pierre angulaire qu’est le Christ. En passant des ténèbres à sa lumière et en devenant à son image prêtre, prophète et roi, tu vas désormais participer à cette mission d’annoncer les merveilles du Seigneur, en prenant ta place dans l’Eglise, en vivant en Eglise de l’Evangile et en t’enracinant dans la vie du Christ.
Car ce que nous avons à annoncer n’est ni un système religieux, ni une pratique, ni une morale, ni un code, une loi ou des règles. Rien de tout cela ne nous fait entrer en communion avec le Père. Ce que nous avons à annoncer, c’est un homme : Jésus lui-même. Il est, dit-il à Thomas, « le Chemin, la Vérité et la Vie ». Et personne ne va vers le Père sans passer par lui.
Il y a quelques années, un homme m’avait interpelé violemment (presque physiquement) à la sortie d’une messe parce que, disait-il, je n’avais fait que parler de Jésus, et que j’étais donc sectaire et intolérant aux autres religions. Après lui avoir fait remarquer qu’il aurait pu se douter qu’on parlerait de Jésus lors d’une messe, je lui ai montré que précisément, c’est d’un homme que j’avais parlé. C’est un homme que nous avions célébré. C’est par un homme que le Père c’était fait connaître : « qui m’a vu a vu le Père », dit Jésus. « Je suis dans le Père et le Père est en moi. » Un homme. Un homme qui rejoint tous les Hommes. Un homme dans lequel tous les Hommes (hommes et femmes) peuvent entrer en communion. C’est par son humanité que Dieu nous a rejoint et nous sauve, et non par un système religieux – le système religieux sera là pour reconnaitre et rendre grâce à Dieu pour sa présence et son action. Jésus peut dire qu’il est le Chemin, la Vérité et la Vie, parce qu’il nous révèle l’accomplissement de notre humanité, appelée à entrer dans la pleine communion avec le Père et à demeurer en Lui.
Voilà notre mission de « descendance choisie » et de « peuple destiné au salut ». Non que nous serions des êtres parfaits déjà en odeur de sainteté. Mais à la mesure où, en Eglise, nous écoutons et suivons la grâce et la folie de l’Esprit Saint et où nous nous laissons faire par lui, nous entrons dans le mouvement même de Dieu qui vient accomplir notre humanité en Jésus Christ, « le Chemin, la Vérité et la Vie. » Par lui, en lui, nous sommes passés des ténèbres à la lumière. Que les œuvres de l’Eglise, jusque dans sa façon toujours renouvelée de s’organiser et de vivre, et notre témoignage continuent de faire résonner la Bonne Nouvelle du Christ par toute la terre et à tous les hommes. Car tous, sont invités par Dieu à entrer dans la demeure du Père : c’est ce que nous avons à annoncer.
Alléluia ! Amen.
P. Benoît Lecomte







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