Pâques 2021 : conclure une nouvelle alliance

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Publié le 22 mars 2021

La fête de Pâques est pour les Chrétiens le temps où est conclue la nouvelle alliance.

L’alliance entre Dieu et l’humanité est scellée une fois pour toute dans la vie, la mort et la résurrection du Christ. Cependant c’est bien cette alliance qui est constamment renouvelée à chaque messe pour le peuple rassemblé et donc pour chacun de nous.

Cela n’empêche pas non plus un renouvellement plus prononcé à différentes époques de l’évolution de l’Eglise ou du monde… C’est ce qui fut fait il y a 60 ans à l’occasion du Concile Vatican II, lors de la grande croissance mondiale qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, c’est aussi ce qui peut être opportun de faire aujourd’hui. Nous en avons particulièrement besoin actuellement dans ce contexte triste et anxiogène d’une pandémie qui ne finit pas. Comme l’évangile du denier dimanche de Carême le dit (Jean 12, 20-33) : il faut que le grain tombe en terre meurt pour porter du fruit. Ne cherchons pas à préserver coûte que coûte ce grain de blé, il y a tant de fruits possibles qui nous attendent. Regardons ce qui germe et portons notre action vers ce qui peut être bon et profitable pour le plus grand nombre.

Le Pape François a dit, il y a peu, que précisément ce temps marqué par la crise liée à la pandémie du Covid-19, est « un bon moment pour trouver le courage d’une nouvelle imagination du possible, avec le réalisme que seul l’Évangile peut nous offrir ».
Alors, les ténèbres épaisses nous font retrouver le courage de l’imagination…

Exode, Exil…

A l’occasion de Pâques, nous nous souvenons de deux éléments majeurs de l’histoire d’Israël : l’Exode et l’exil.

Exode, d’abord : cette sortie d’Egypte de la servitude à la liberté, la première Pâque. Invitation constante à sortir de nos servitudes et faire fructifier la chance de la liberté. Faire confiance pour avancer sur des chemins nouveaux, risqués peut-être, mais créateurs, hors de nos pesanteurs et nos schémas craintifs. La première alliance est passée par là. Elle a permis cette libération.

L’exil ensuite. Lorsque le prophète Jérémie devait vivre le temps de l’exil avec une partie du peuple hébreux à Babylone, au VI° siècle avant JC, il écrivait (31, 31-32) : « voici venir les jours, oracle du Seigneur, où je conclurai avec la Maison d’Israël une alliance nouvelle. (…) Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. »

Au cœur des échecs et des défaites, Jérémie et les Prophètes proposaient autre chose pour le peuple de Dieu. Une foi épurée, renouvelée malgré l’absence du culte, du Temple, du Roi, de la Terre. Il fallait dialoguer avec d’autres cultures, créer, innover, ne pas se laisser se refermer sur soi et ses difficultés. L’Exil les avait stimulés pour alerter, dénoncer et proposer, c’était le temps des Prophètes. Cette réflexion alla plus loin encore : l’essentiel du livre de la Genèse fut rédigé dans ce contexte âpre et douloureux ; oui, Dieu ne les abandonnait pas car il était avec eux de toujours à toujours et ils le disaient maintenant en s’inspirant aussi de la mythologie de la Mésopotamie.

L’Eglise de 2021 vit également cette situation : un petit nombre dans un environnement qui lui est bien souvent étranger. Ses difficultés, plus sensibles depuis une bonne dizaine d’années, devraient provoquer le dialogue, la création et des propositions pour le peuple de Dieu d’abord, pour les structures de l’Eglise ensuite. Laisser ce qui ne porte plus de fruit pour le transformer et lui permettre de s’épanouir pour plus de bonheur et de bien-être. Et ce qui est vrai pour les questions de l’avenir de l’Eglise et vrai aussi pour les questions d’avenir de notre monde en quête de renouvellement pour plus de justice et de vérité.

L’Alliance renouvelée passe par là.

Nouvelle alliance

Il n’est pas nécessaire de revenir à tous les abus que l’Eglise porte trop souvent en elle, mais si Dieu fait et refait son alliance avec nous, c’est pour nous faire changer, c’est pour l’inscrire à frais nouveau dans nos cœurs. A nous d’y répondre aussi par la nouveauté d’un matin de Pâques, par ce que nous voulons créer en sortant de toutes les ornières. Comme au matin de Pâques, nous sommes libérés de ce qui conduit qu’à la répétition et à l’abus d’autorité (le Christ en est mort !). Par le dialogue fructueux avec les cultures de notre temps, avec ce que vit et ce qu’aime le peuple qui cherche, nous voulons bâtir et rebâtir sans cesse la nouvelle alliance.

Cela passera encore par la même démarche que lors de l’exil : quel est l’essentiel ? à quoi tenons-nous pardessus tout quand bien même nous sommes ce petit reste, cet isolat catholique parmi d’autres qui ne revendique pas d’être autre chose que témoin de l’alliance entre Dieu et toute l’humanité.

Nous avons alors besoin d’un « réalisme » qui brise « les schémas, modalités et structures fixes ou transitoires » pour notre monde, nos vies personnelles, comme pour notre Eglise, et nous ouvre pour imaginer un monde différent : « faire toutes choses nouvelles », comme le dit l’Apocalypse.

 « Serons-nous prêts à changer nos modes de vie ? », nous demande le Pape.

Les réponses, elles, nous appartiennent.

P. Laurent Maurin,

Doyen du Grand-Angoulême (21/03/2021)

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