Homélie du 27° dimanche du Temps Ordinaire (A)

Saints Apôtres

Publié le 15 octobre 2020

L’image de la vigne consonne bien à nos oreilles en ce temps de vendanges.

La vigne, sa clôture, son pressoir et sa tour de garde désignent le peuple élu, choyé par Dieu qui ne ménage pas ses soins pour lui faire porter tout son fruit.

« La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël ».

Mais voilà qu’au temps de la vendange, le désir de possession change le coeur des vignerons : ils veulent tout garder pour eux. Ils sont même prêts à tuer pour tout garder.

La parabole vise l’attitude des responsables religieux de l’époque, qui refusent de partager l’élection de Dieu avec les païens, et iront jusqu’à tuer le fils, l’envoyé, Jésus, en le jetant hors de la vigne, hors d’Israël, en le crucifiant hors des murs de Jérusalem…

Le plus troublant, c’est que c’est Jésus lui-même qui en parle.

Quand il fait le récit de la mort du fils : « ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent », il fait le récit de sa propre mort, de son propre rejet par ceux qui sont aveuglés et ne veulent pas reconnaître en lui le Messie de Dieu.

Il sait qu’il est la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs.

« Aussi, je vous le dis : le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit. »

Il ne dit pas cela comme une menace, mais comme une cause de tristesse profonde qui lui fera d’ailleurs verser des larmes en contemplant Jérusalem…

Ce sera sûrement sa plus grande tristesse : l’aveuglement d’Israël qui avait été préparé avec soin par Dieu et tous les prophètes pour reconnaître en Jésus le Messie et qui s’enferme dans son aveuglement et ses prérogatives mal comprises de peuple élu. Israël qui veut rester propriétaire de la récolte…

« Remettre au propriétaire le produit de la vigne », comme l’exprime la parabole, c’est au contraire une attitude de non possession.

Nous ne sommes pas propriétaires de nos récoltes, de nos réussites, qu’elles soient familiales, associatives, professionnelles ou même spirituelles…

Et l’eucharistie que nous célébrons est justement l’antidote à l’appropriation : rendre grâce (rendre la grâce), c’est reconnaître que j’ai reçu gratuitement de quoi travailler un vignoble et le vendanger, que tout cela ne vient pas que de moi. Et rendre à Dieu ce qui lui appartient empêche ceux qui réussissent de le faire contre les autres, en les dominant, en les humiliant.

S’approprier la vendange pour être maître de la vigne à la place du maître véritable est  source de violence. Emprisonner les gêneurs, lapider les prophètes, crucifier le fils sont autant de conséquences d’une attitude anti-eucharistique. La violence sociale dans nos entreprises, dans nos quartiers, dans nos familles même, provient souvent de cela.

Seigneur, que notre participation à cette eucharistie nous fasse entrer dans ce mouvement de DON qui rend à Dieu la grâce d’être et d’exister, la grâce d’avoir en toi, Jésus, l’héritage des fils. Amen.

Père Frédéric Vollaud