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Jésus nous propose de changer notre regard sur le monde, le voir avec humanité, il nous révèle le regard de Dieu, un regard plein d’amour, un regard tolérant.
Dans le regard de Dieu, tout ce qu’il y a de bien en ce monde est en croissance. Comme le levain qui fait gonfler la pâte, comme cette petite graine qui devient un grand arbre. Il nous invite à recommencer sans nous décourager, à refaire ces choix essentiels, pour que le bon grain germe en nous et ne se laisse pas étouffer.
Notre tentation, souvent, est celle des serviteurs : arracher vite. Juger, classer, séparer les bons des méchants, désigner l’ivraie chez les autres. Or Jésus prévient : à vouloir arracher trop tôt, on abîme aussi le bon grain.
Et si nous faisions confiance, à la patience de Dieu : laisser le temps, garder l’espérance, et nous souvenir que la moisson, ce n’est pas à nous de la faire.
Lectures du jour
Homélie du Père Denis Trinez
Homélie retranscrite ci-dessous
LE SEIGNEUR NOUS ESPERE….
Plusieurs, parmi nous, connaissent l’origine du mot ivraie.
En grec, cette plante s’appelle « zizanion », d’où vient le mot « zizanie ». L’ivraie pousse au milieu du blé et, lorsqu’elle est encore verte, lui ressemble beaucoup. Son nom vient aussi de son caractère enivrant. Mais elle est surtout dangereuse : toxique pour les animaux, elle peut également l’être pour les humains.
Derrière cette question de l’ivraie, il y a la question des tensions qui peuvent exister entre les premiers disciples et dans les premières communautés. Il peut y avoir de de la zizanie.
Pensez à la bande dessinée de Goscinny et Uderzo ; cet album d’Astérix et Obélix s’intitule La Zizanie, et il illustre très bien ce thème.
En effet, les grandes tentations, quand on est devant une difficulté sur le plan communautaire, c’est de demander un règlement rapide.
La question sous-jacente, pour les premières communautés chrétiennes, dans cet Evangile, est la suivante : « Quand viendra ton Royaume, Seigneur ? »
C’est donc le moment de trier, d’excommunier, de garder les bons et de chasser les mauvais…. sans attendre…
Voilà la tentation : demander au Seigneur de résoudre le problème sans attendre !
C’est bien ce que l’on entend par rapport aux difficultés dans le monde. Pourquoi Dieu n’agit-il pas ? Pourquoi laisse-t-il faire des guerres ? Pourquoi y a-t-il des problèmes insurmontables ? Comme si le Seigneur pouvait, en claquant dans les doigts, régler tous nos problèmes à notre place !
On peut aussi chercher des solutions politiques ou sociales, en la personne « d’un sauveur » qui va régler tous nos problèmes, à notre place.
Ce n’est pas le chemin que prend le Seigneur. Il nous dit qu’il faut prendre le temps.
Le Seigneur résiste. Lorsque les foules veulent faire de lui leur roi, parce qu’il multiplie les pains, les nourrit et semble pouvoir tout assurer, elles espèrent, en quelque sorte, une solution facile, presque gratuite.
Mais que fait alors le Seigneur ? Il se retire. Il refuse cette logique d’un chef providentiel, presque d’un gourou, qui prendrait tout en charge à notre place.
Le Seigneur nous appelle à épouser le temps et à épouser la patience et à devenir raisonnable.
Si nous voulons que les choses s’améliorent, nous devons nous engager nous-mêmes : construire des ponts, favoriser le dialogue, apaiser les conflits et éviter les paroles qui blessent la Communion.
Vous savez : ces paroles, échangées parfois en petits groupes au sujet d’une autre personne qui n’aident pas la communauté ; elles peuvent même la fragiliser profondément !
Je me souviens de l’ancien évêque de Soissons, Monseigneur Herriot. Un jour, lors d’une réunion en petit comité, il nous confia qu’il aimait particulièrement une oraison de la messe.
Cette prière disait : « Dieu, tu donnes la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié. »
La preuve suprême de la Puissance de Dieu, c’est sa Patience.
Nous aimerions souvent que tout se règle immédiatement, sans avoir vraiment à nous engager.
Et le Seigneur nous dit : « Si vous voulez, prenons le temps de voir ce que nous pouvons faire. N’allons pas trop vite et n’essayons pas de trier par nous-mêmes, pas simplement d’ailleurs dans la communauté, mais aussi dans nos propres cœurs ».
Je pense à « la chute des tours du World Trade Center », le 11 septembre, il y a vingt-cinq ans. À l’époque, chacun désignait son « grand Satan » : pour les uns, les Américains ; pour les autres, le camp opposé.
Je me souviens avoir dit, alors, à ma communauté de Paris : « L’ivraie et le bon grain ne sont-ils pas présents dans le coeur de chacun ? Le Seigneur ne nous invite-t-il pas à faire grandir le bon grain, plutôt qu’à nous fixer sur ce qui est négatif ? ».
C’est aussi ce que rappelait le Père Cafarel à des religieuses.
Comme elles regardaient la télévision, il leur disait : « Mes soeurs, à force de regarder des films de gangsters, vous allez devenir des gangsters… ».
A force de se concentrer sur ce qui est négatif, y compris dans nos vies, on oublie que le Seigneur nous regarde avec un regard d’Amour et qu’Il a envie que se déploie dans notre vie le bien. Le déploiement final sera quand nous serons en face de Lui : il n’y aura plus aucune ombre, parce que nous serons pris dans Sa Lumière.
Mais, dès maintenant, ce qui est proposé, à travers cet Evangile, c’est d’accepter de nous concentrer sur le bon grain qui pousse et qui devrait, étouffer ce qui n’est pas la Vie.
Il me semble que c’est Hanna Arendt qui dit :
« Le mal est superficiel, seul le bien est profond,
parce que le Bien, c’est Dieu
et Dieu habite au plus profond de notre coeur. »
Il nous faut laisser grandir la présence de Dieu en nous, lui permettre d’habiter tout notre être, au lieu de nous fixer sur ce qui étouffe la Vie.
Dieu nous conduit vers la Patience, mais une patience qui n’a rien à voir avec la passivité.
Au contraire, la Patience est un lieu d’engagement : par nos actes et notre ouverture à la Grâce, nous laissons surgir ce qui donne la Vie.
Ce qui me touche profondément, c’est que : « Le Seigneur nous espère. »
OUI, « Le Seigneur nous espère ! »
C’est-à-dire qu’Il a, sur chacun et chacune d’entre nous, un regard qui fait vivre.
Je me souviens que, lorsque j’allais à la cathédrale, l’évêque était le Père Dagens. Comme je ne suis pas très ponctuel, j’arrivais souvent à la sacristie, juste au moment de la messe. Le Père Dagens se tournait vers moi et disait, avec un grand sourire : « Je vous espérais. »
Eh bien, le Seigneur nous regarde, avec ce même sourire, et nous dit :
« Je t’espère. »
J’espère la Vie qui veut surgir en toi.
J’espère cet Amour qui doit se saisir de tout ton être.
J’espère ce bonheur pour lequel tu es fait.
Car, notre Dieu est le Dieu de l’Espérance. C’est extraordinaire !
Il est le Père de l’Enfant Prodigue qui regarde au loin, comme dit Paul Baudiquey et qui s’use les yeux à force d’espérer le retour de son enfant.
Le Seigneur nous espère et Il nous invite à devenir ses compagnons d’Espérance. C’est-à-dire avoir sur les autres et sur nous-mêmes le regard que Dieu a sur nous.
Il s’agit de regarder l’autre autrement : non pas d’abord à partir de ce qui ne va pas, de ce qui nous dérange ou de ce qui manque, mais à partir du don qu’il porte, de la grâce qui lui est confiée. Le regarder avec assez d’amour et de lumière, pour que cette lumière puisse, peu à peu, rejoindre tout son être.
Que le Seigneur fasse de nous des « Pèlerins d’Espérance » aussi pour notre propre vie.
Quelquefois, on peut se dire « Je suis capable de rien, je n’y arriverai pas ».
Le Seigneur me dit « Je t’espère, fais-moi confiance. Fais-moi confiance ! ».
Eh bien, en ce temps d’été, la clé est peut-être de raviver notre lien d’amour avec le Seigneur, pour qu’Il fasse grandir en nous l’Espérance et la Confiance.
Alors, nous n’aurons plus à vivre dans la peur : ni peur de tout, ni peur de nous-mêmes, ni peur des autres. Nous pourrons avancer, dans nos vies et dans le monde, en vrais disciples de Celui qui nous aime.
Prière universelle
- L’Église est appelée à semer le « bon grain » dans le monde.
Qu’elle sache puiser à la source la force de faire grandir la Parole et qu’elle donne du fruit en abondance.
Ensemble, formons l’Église qui se laisse habiter par le Christ et son amour, et luttons contre tout ce que la défigure.
- Le champ du monde est à moissonner, pensons à nos agriculteurs qui traversent une période très compliquée et voient l’avenir en sombre.
Qu’ensemble, nous soyons solidaires avec eux, et que le Christ les accompagne et les soutienne dans ces moments difficiles.
- Prions pour les pompiers et leurs familles qui, en ce moment sont mobilisés jours et nuits pour sauver notre planète. Seigneur donne-leur ta force et que nous les soutenions pour le don de leur vie pour la création. Pensons plus particulièrement à ceux qui sont décédés dernièrement.
- En cette période estivale, nous te confions, Seigneur, les jeunes. Qu’ils puissent pendant cette période te reconnaître et répondre aux appels que tu leur lances.
- Nous te confions notre communauté qu’elle demeure accueillante, attentives à ceux qui vivent la solitude, la maladie, le deuil.
Rends-nous Seigneur plus solidaire envers nos frères et sœurs.







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