« Je ne m’explique pas comment on peut aimer Dieu et tuer ses frères »

Ma Campagne - Saint Jean-Baptiste

Par Mgr Dominique Lebrun. – Charly Triballeau/AFP

Entretien recueilli par Xavier Le Normand

Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen (Seine-Maritime), était l’évêque du père Jacques Hamel, assassiné le 26 juillet 2016 dans son église par des terroristes islamistes. Il invite les catholiques à ne pas se laisser posséder par la colère.

Comment avez-vous réagi en apprenant cette nouvelle attaque perpétrée dans une église ?

Mgr Dominique Lebrun : Je m’apprêtais à célébrer ce matin la messe dans la cathédrale de Rouen, lorsque j’ai eu connaissance de cet horrible attentat. Il n’est pas sans me rappeler l’assassinat du père Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray, mais il me rappelle aussi toutes ces attaques, la dernière en date étant le meurtre de Samuel Paty. Au début de la célébration, je n’avais pas les mots pour appeler les fidèles à la prière, car mon cœur était partagé et sous le choc. C’est finalement l’Épître de saint Paul lu pendant la célébration qui m’a aidé : « Nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les dominateurs de ce monde de ténèbres » (Ep 6, 12).

J’ai bien sûr pensé aux familles des victimes pour qui c’est quelque chose d’horrible, d’une violence inouïe. J’ai déjeuné avec la famille du père Hamel qui est à nouveau sous le choc, mais avec beaucoup de dignité. On sent que la blessure est vive, mais que l’horizon de la paix, de la justice et du pardon demeure leur horizon, notre horizon.

Redoutez-vous que les catholiques réagissent avec violence ?

Mgr D. L. : Je suis moi-même en colère contre ceux qui tuent au nom de Dieu, ou plutôt qui croient tuer au nom de Dieu. Le Dieu qui demande de tuer n’existe pas : c’est un leurre, voire une idole. Je leur en veux, et j’en veux à tous ceux qui ne font pas plus entrer la raison dans leur foi. Je ne m’explique pas comment on peut aimer Dieu et tuer ses frères.

La colère n’épargne donc pas les catholiques, mais je prie Dieu pour que nous ne nous laissions pas posséder par ce sentiment. Telle est la grâce que nous devons demander au Seigneur. Il y a un temps pour tout, la colère, le désespoir, le découragement, mais nous savons que le temps de Dieu est celui de l’amour plus fort que la haine et que la peur.

Quelle doit être, selon vous, l’attitude des catholiques ?

Mgr D. L. : Je me sens bien petit pour dire ce que les catholiques doivent vivre après cet attentat. Ce que je peux faire, c’est de les inviter à aller vraiment au plus profond d’eux-mêmes, chercher leur désir le plus intime, derrière éventuellement peut-être des idées de vengeance ou de protection extrême. Le désir que nous avons dans le cœur, c’est de vivre dans une fraternité avec tous. Aujourd’hui, nous devons pleurer avec ceux qui pleurent. Il faut prier en laissant vraiment l’Esprit Saint venir éveiller les sentiments les plus profonds qui sont les plus beaux.

Il nous faudra aussi prendre en considération que chacun d’entre nous peut apporter sa pierre. La situation que nous traversons touche de très nombreux domaines : la diplomatie, la politique, les questions migratoires ou encore l’éducation. Il y a aussi la question de la rencontre profonde de nos religions et de nos cultures. Il faut dialoguer davantage et ne pas se jeter des arguments à la figure même lorsqu’ils concernent des sujets comme la liberté d’expression.

Avez-vous le sentiment que les catholiques sont en France particulièrement ciblés ?

Mgr D. L. : On peut difficilement dire autre chose alors que l’attentat de Nice s’est déroulé dans une église. Toutefois, nous ne sommes pas les seuls visés et les autres confessions le sont aussi, tout comme les symboles de la nation : l’école, les forces de l’ordre et même le 14-Juillet. Nous ne pouvons pas nous croire le centre de la cible.

Il y a tout de même une hargne, pour ne pas dire plus, qui relève de ce que le Christ dit dans les Béatitudes : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi » (Mt 5, 11). Nous entendrons cet évangile dimanche pour la fête de la Toussaint, et cette phrase résonnera tout particulièrement dans notre cœur.

Le pape « condamne de la plus énergique manière de tels actes violents de terreur »

Après l’attaque, le Vatican a très rapidement réagi assurant que le pape François « prie pour les victimes et leurs proches, pour que la violence cesse, pour que nous nous regardions à nouveau comme des frères et des sœurs et non comme des ennemis, pour que le peuple français bien-aimé réagisse, uni, au mal par le bien ». Dans un télégramme de condoléances adressé à l’évêque de Nice, Mgr André Marceau, le cardinal Parolin indique aussi que « condamnant de la plus énergique manière de tels actes violents de terreur, (le pape) assure de sa proximité la communauté catholique de France et tout le peuple français qu’il appelle à l’unité ».

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