23ème dimanche Année A

Sainte Joséphine Bakhita

Publié le 6 septembre 2026

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“Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur.”
C’est avec ces mots du psalmiste que nous voulons entrer dans cette célébration :
Ouvrir largement notre cœur avec le désir d’ aimer comme Dieu et de vivre en frères et sœurs.
L’Evangile redit sans cesse l’importance de cette fraternité, car elle témoigne de l’Amour dont nous sommes aimés.
Celui qui se tient au milieu de nous et qui nous rassemble ce matin est cette voix qui nous réveille, ce Rocher qui nous sauve, cette lumière qui nous devance.
Alors, “allons jusqu’à Lui en rendant grâce; par nos hymnes de fête, acclamons-Le ! “

Lectures du jour
Homélie du Père Denis Trinez
Homélie retranscrite ci-dessous
PASTEURS LES UNS POUR LES AUTRES… AVEC DOUCEUR, HUMILITE, FRATERNITE

Nous vivons dans un monde marqué par de nombreuses divisions. Les guerres qui se multiplient nous obligent à nous interroger sur notre manière d’accueillir les différences, de traverser les oppositions et de dépasser les conflits.
Alors, l’Évangile d’aujourd’hui a quelque chose à nous dire, souhaitons-le !
En effet, le Seigneur nous interpelle, aujourd’hui, pour voir comment faire grandir la communauté, la nôtre, nos communautés et le monde.
Et, ce message qui ne s’adresse pas qu’aux chrétiens !
C’est un message que nous sommes appelés à transmettre au monde, afin d’aider à dépasser les oppositions, les situations où les tensions risquent de s’envenimer.
On voit alors le Christ se comparer à ce berger qui laisse tout son troupeau pour partir à la recherche de la brebis égarée dans la montagne, prise dans les ronces et incapable de s’en sortir seule. Et nous nous disons : « C’est beau, c’est bien. » Mais il ne faudrait pas oublier que, si le Christ nous donne cette image, cette parabole, ce n’est pas seulement pour nous montrer qu’Il vient nous chercher.
Nous aussi, ses disciples, sommes appelés à vivre ce même mystère : prendre le risque d’aller vers celui qui ne sait plus très bien où il en est.
Nous avons à être tous des bons bergers.
Et ici, vous voyez, il y a une équipe pastorale paroissiale.
L’équipe pastorale paroissiale, que l’on appelle souvent EPP, réunit des membres de la communauté appelés à exercer ensemble cette mission pastorale.
En devenant, à leur manière, de « bons pasteurs », ils aident toute la communauté à le devenir à son tour : aller vers ceux qui ne savent plus très bien où ils en sont, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle.
Nous sommes tous et toutes des « pasteurs ».
Nous avons tous à porter ce souci de tous.
Par le baptême, nous ne sommes pas seulement des « brebis », comme disait Monseigneur DAGENS ; nous devenons aussi des « pasteurs », appelés à chercher et accompagner chacun.
La rencontre café, proposée, pendant ces deux mois d’été, le vendredi en est une belle illustration. Il s’agit de ne pas être replié sur notre petite communauté.
En effet, nous avons en charge l’ensemble des habitants, l’ensemble de ceux qui travaillent, l’ensemble de ceux qui passent dans ce quartier, dans les bus, dans les magasins. Oui, partout nous sommes des « pasteurs ».
Et moi, comme prêtre, j’ai la mission de faire de vous des « pasteurs ». Ce n’est pas moi le « pasteur », c’est vous.
Donc je suis là pour vous inviter à exercer votre pastorat, c’est-à-dire avoir le souci de tous et en particulier de ceux qui sont fatigués, un peu perdus, qui ne savent plus trop ce qu’ils ont à faire.
Il s’agit de poser un regard de choix sur tous ceux qui ont besoin qu’on vienne les rencontrer, les aimer, leur parler.
Oser se parler, ça peut aussi se dire des choses du style : « Mais qu’est-ce que tu fabriques ? Je ne comprends pas ce que tu es en train de faire. Ça ne semble pas logique. J’ai l’impression que tu ne sais plus où tu en es… ».
Avez-vous connu le père Duval, ce prêtre chanteur des années 60, qui s’accompagnait à la guitare ? Il chantait notamment : « Rue des longues haies, le Seigneur passait ».
Le père Duval, jésuite, menait une vie simple et cherchait à limiter ses dépenses. Après ses concerts, souvent portés par une foule nombreuse et une ambiance extraordinaire, il choisissait de loger dans de petits hôtels « miteux ». Peu à peu, pour apaiser sa solitude, il s’est mis à trouver du réconfort dans un verre de vin, puis deux, trois, quatre…
Mais dans sa communauté, on voyait bien, on entendait les marches qui grinçaient quand il descendait pour aller boire et personne ne disait rien. Tout le monde savait qu’il descendait pour boire, mais on ne disait rien. On ne lui disait pas : « Qu’est-ce qui t’arrive ? Je t’ai entendu descendre cette nuit, qu’est-ce qui se passe ? ».
Et il a vraiment été très mécontent envers sa communauté.
Heureusement, il a fini par rencontrer un mouvement d’aide aux personnes alcooliques, qui l’a accompagné et lui a permis de s’en sortir. Plus tard, il dira : « Dans ma communauté, personne ne m’a jamais rien dit. Je m’enfonçais, et l’on se taisait». Comme si le grand principe était : « Je ne sais pas, je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu, je ne dis rien ».
Mais ce silence n’est pas bon : il faut parfois oser une parole juste, fraternelle, qui aide l’autre à se relever.
Quand quelqu’un ne va pas bien, quand quelqu’un ne sait plus où il en est, il faut s’approcher, il faut oser, même si on se prend une claque, avec une réaction du genre : « Mêle-toi de tes affaires » … Ce n’est pas grave, au moins on a essayé.
Il faut vraiment avoir ce courage.
Quelqu’un me disait : « Quelquefois, je suis à une rencontre, on prend le café et on commence à déblatérer sur l’un ou l’autre…. Ah, je n’aime pas ça …Alors je ne dis rien ».
Je réponds alors : se taire ne suffit pas. Il faut parfois oser dire quelque chose, proposer un autre sujet, éviter que la conversation ne devienne un portrait à charge.
Mais si nous nous taisons par peur de nous exposer, en pensant : « Si je dis quelque chose, on va encore me reprocher de faire la morale », alors nous restons tranquillement à l’écart, laissant les autres dire du mal, tout en nous rassurant : « Moi, au moins, je ne dis rien. »
Il serait préférable de parler
C’est bien ce que nous dit le Seigneur : lorsqu’une parole est nécessaire, il faut avoir le courage de la dire.
Alors, toute la question, c’est le comment ?
Si nous allons vers quelqu’un avec suffisance, en lui faisant sentir que nous sommes du bon côté et que lui ne l’est pas, cela ne passera pas. Et pourtant, c’est souvent ainsi que nous réagissons, même lorsque nous pensons : « Moi, je ne ferais jamais cela. »
Mais la première des choses c’est de se rendre compte qu’on fait peut-être pire, alors qu’on est tellement aimé de Dieu. Voilà le message : nous tombons, nous savons bien nos limites, mais nous sommes aimés de Dieu. Et si un frère ne va pas bien, nous ne pouvons pas le laisser ainsi ; nous allons vers lui, non avec arrogance, mais avec douceur, humilité et fraternité.
On s’approche paisiblement et l’on peut simplement dire : « Est-ce qu’on peut se parler un peu ? J’ai l’impression que ça ne va pas très bien en ce moment. »
Il faut s’approcher, se parler.
Dans l’Église aussi, il nous arrive de nous juger entre nous :

« Ceux-là sont toujours en soutane, avec leur encens… quelle drôle de bande ! »

Est-ce ainsi que nous regardons les autres ? Et eux, peut-être, nous regardent de la même manière :

« Ceux-là chantent “Par Lui, avec Lui et en Lui”… vraiment, ça ne se fait pas ! »

Alors on se tait, on se regarde et on se critique et on ne s’aime pas. Ces attitudes ne font pas avancer « le schmilblick » …. Et si nous regardions l’autre comme Jésus le regarde, avec humilité et si possible humour, parce qu’humour et amour vont ensemble.
Si on regarde l’autre avec un regard méchant, il ne risque pas de devenir bon.
C’est ce que nous rappelle le Seigneur : si nous regardons quelqu’un comme s’il était mauvais, nous risquons de l’enfermer dans ce jugement.
Il en va de même entre frères : lorsque nous jugeons l’autre avec sévérité, convaincus d’être dans le vrai et de bien faire, nous ne l’aidons pas à grandir.
Ce n’est pas l’objectif. Il s’agit plutôt d’essayer de comprendre l’autre : « Pourquoi fais-tu cela ? Je ne comprends pas très bien. Qu’est-ce qui est important pour toi ? ». Il s’agit de se parler, d’oser une parole, d’oser se regarder avec amour.
Quand Jésus voit Zachée, il ne lui dit pas : « Zachée, sale type, convertis-toi maintenant ! » Il remarque d’abord son désir : « Tu es monté sur un arbre pour me voir ; descends, je viens manger chez toi. » Et c’est ainsi que Zachée change de vie.
Si Jésus l’avait regardé, comme le regardaient les pharisiens, les docteurs de la Loi, il ne se serait rien passé pour Zachée. Il aurait été pire qu’avant.
Jésus regarde l’autre, Il le regarde avec Amour. Quand Il dit une parole, Il est discret, délicat. Il commence par écouter et Il propose que l’autre se pose peut-être une question sur ce qui fait sa vie.
C’est une véritable révolution : retenir les paroles qui blessent, oser celles qui font du bien, et les dire avec la présence du Seigneur en nous. Ainsi, notre communauté peut devenir un rayonnement de l’amour du Cœur de Dieu.
C’est un sacré programme, n’est-ce pas ?
C’est ainsi que nous pourrons peut-être aller vers Poutine, Trump, Netanyahou ou Erdogan, et les inviter à choisir un comportement plus juste.
Mais si, là où nous sommes, nous adoptons les mêmes attitudes à notre échelle, que pouvonsnous vraiment leur dire ? Cela n’a l’air de rien. On dit : « mais moi je ne fais rien, moi je ne tue personne » … mais,

il y a des regards qui tuent. Il y a des regards qui font vivre.
Il y a des paroles qui tuent, des paroles qui font vivre.

Que le Seigneur nous donne, en écoutant cet Évangile, sûrement pas d’être culpabilisés, mais de recevoir Son Amour gratuit. Alors, nous pourrons laisser cet Amour se diffuser et transformer le monde, à partir de notre réalité.
Pour cela, je vous propose un petit exercice pratique. Pensez à quelqu’un qui vous énerve royalement, qui vous a énervé un jour, ou qui vous énervera toujours.
Et essayez de dire : « Seigneur, montre-moi comment Tu regardes cette personne ».
Puis, dans votre cœur, prenez une seconde pour vous demander comment le Seigneur regarde en profondeur cette personne qui vous énerve ou vous agace, et comment Il lui parlerait pour l’aider à avancer.
Et cela, avec douceur, amour, et peut-être aussi humour.
Peut-être que cela peut nous donner quelques pistes…

Prière universelle
  • Seigneur, nous te prions pour l’Église.
    Garde-la vigilante, disponible et fidèle à sa mission de guetteur pour le monde des signes de l’Esprit. Qu’elle ose toujours la parole de Vérité qui pardonne et libère, ferment de paix et d’unité.
    Dans cette perspective, rends fructueuse la prochaine visite en France du Pape Léon XIV.
  • Seigneur, nous te prions pour tous ceux qui subissent les effets des catastrophes naturelles de cet été.
    En cette saison de la Création, éclaire les gouvernants et les peuples dans les décisions écologiques à prendre, en particulier pour la protection et la gestion équitable de l’eau, intention du Pape, pour ce mois de septembre.
  • Seigneur, nous te prions pour ceux qui portent un lourd fardeau : les malades, les personnes seules ou découragées, celles qui traversent des conflits, connaissent la pauvreté, le deuil, des difficultés familiales ou professionnelles. Qu’ils trouvent le soutien et le réconfort dont ils ont besoin auprès de toi et de frères qui ont à cœur d’accomplir la loi de l’amour mutuel.
  • Seigneur, nous te prions pour notre communauté réunie aujourd’hui en ton nom.
    En cette semaine de rentrée, nous te confions tout particulièrement nos prêtres, engagés dans de nouvelles missions, les nouveaux arrivants, les enfants et les jeunes qui entament une nouvelle année scolaire, leurs parents, leurs enseignants et tous leurs éducateurs.
    Donne à chacun joie, courage et confiance.
    Ouvre nos cœurs à tous au pardon, à l’écoute et à l’accueil fraternels et fais de nous les témoins de ta présence.

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