J’ai remis ma mitre parce qu’elle m’a été offerte par les paroissiens de la cathédrale il y a une quinzaine de jours et je trouvais qu’elle m’allait bien. Parce que c’est aussi le signe, quand on accueille une mission, de ce que nous avons à faire. La mitre veut dire qu’il me faut être enseignant, non pas d’une sagesse humaine, parce que vous n’avez pas besoin de savoir ce que je pense, mais d’une mission qui est confiée par le Seigneur. Puissiez-vous entendre ce dont vous avez besoin pour vous réconforter, pour vous encourager à vivre cette semaine sainte. Oui, le Seigneur nous donne mission ainsi et nous sommes offerts les uns aux autres.
Vous ne connaissez peut-être pas le diacre qui vient de proclamer l’évangile, c’est Pascal, qui vient du diocèse de la Drôme et qui vient prendre sa retraite en Charente. Bienvenue. Très heureux d’accueillir un nouveau diacre et nous accueillerons aussi un nouveau diacre en fin d’année avec Xavier Jobert qui est parmi nous puisqu’il a été appelé au diaconat. Merci Seigneur avec tous ceux aussi qui se préparent. Et d’ailleurs nous te bénissons parce que tu appelles Seigneur et tu veux donner l’onction à chacun en fonction de ce qu’il est pour toi, en fonction de la mission que tu lui confies. Non pas que nous sommes meilleurs que les autres, nous qui sommes ministres, que les étoles soient en diagonale ou toutes droites avec ou sans mitre, nous avons à servir le peuple de Dieu qui s’organise avec l’esprit, avec l’onction aussi qui nous est confiée.
En cette semaine sainte, nous avons à la fois l’onction et nous allons en reparler, cette onction, le Seigneur est sur moi, l’esprit du Seigneur est sur moi, il m’a envoyé proclamer la bonne nouvelle, dit Jésus. Et cette onction qu’il va nous confier, nous ne pouvons pas oublier non plus que la semaine sainte commence le lundi saint avec l’évangile de l’onction de Béthanie, avec Marie de Béthanie qui a dépensé toute sa fortune pour acheter du parfum qu’elle verse sur les pieds de Jésus. Geste fou, amour fou, folie de l’amour qui croit, qui espère, qui adore. Mais ce parfum va s’évaporer, mais ce parfum va embaumer la maison et disparaître. Autre chose est l’onction que le Seigneur nous propose.
Dans quelques jours, nous allons accompagner Jésus au jardin du pressoir. C’est Gethsémani, le jardin des Oliviers. Ceux qui sont des pays méditerranéens comme le Liban savent très bien que les olives ont besoin d’être pressées pour donner une huile excellente. Et c’est le symbole que le Seigneur utilise. Jésus va au jardin de Gethsémani, lui qui est vrai Dieu et vrai homme, parce qu’il va être comme pressé pour nous apporter sa miséricorde, le salut, la vie divine, le salut espéré, la libération effective. Ce n’est pas pour quelques secondes de bonne odeur, c’est pour demeurer en nous et dans le cœur de l’homme.
20 000 catéchumènes attendent leur baptême. Il y a des catéchumènes parmi nous qui lèvent la main. Ah ben oui, j’en vois un petit peu dispersé partout. C’est normal, ils sont une quarantaine d’adultes, une trentaine de jeunes à recevoir le baptême en ce dimanche de Pâques ou dans le temps pascal parmi nous. 20 000 ou 21 000 en France qui vont recevoir cette onction, l’onction que nous allons consacrer tout à l’heure avec cette huile d’olive, huile parfumée, parfumée par l’odeur de l’olive, mais nous allons rajouter le parfum, ce parfum de bonne odeur. Car tous, frères et sœurs, peuple de baptisés, nous avons à exhaler la bonne odeur du Christ. Voilà ce que le monde attend, qu’il attend de nous. Que nous ayons déjà reçu l’onction il y a déjà très longtemps, que nous allions le recevoir dans quelques jours par le baptême ou la confirmation, à la Pentecôte. Nous devons être unis par un même émerveillement ce soir et une même reconnaissance. ” Dilexit nos “, disait le pape François, il nous a tant aimés. Pape Léon, rajoute ” dilexit te “, il t’a tant aimé.
L’être sur la pauvreté, que le Seigneur nous enrichisse alors même que nous sommes pauvres, nous ne méritons pas ce qu’il nous donne. Et lui, il est le symbole de cet amour donné et partagé par le Père, le Fils et l’Esprit. Et c’est l’onction qui se précise dans Isaïe au temps de la promesse du prophète par les dons de l’Esprit que le Seigneur Jésus reprend à la synagogue de Nazareth.
Bonne nouvelle pour les pauvres :
- Guérison pour les cœurs brisés,
- Libération pour les captifs,
- Consolation pour ceux qui sont en deuil,
- Diadème pour ceux qui sont dans les cendres,
- Joie, huile de joie pour ceux qui sont dans le deuil,
- Habit de fête pour ceux qui ont l’esprit abattu.
Voilà tout ce que nous apporte les vertus de l’onction que nous avons reçu et que nous allons recevoir de manière nouvelle, réveillant en nous les forces et l’esprit enfoui dans les eaux de notre baptême au plus profond de nous-mêmes. Réveille, Seigneur, ces forces vives pour que nous soyons emportés dans ta joie. Le monde attend notre joie. Le monde attend le pain que nous pouvons leur donner, le pain de notre vie et de notre témoignage.
Comme nous dit le texte, tout cela, c’est la vengeance de Dieu. Quelle est la vengeance de Dieu quand il est humilié par le péché de l’homme ? Eh bien, c’est de nous donner sa grâce. Voilà comment il se venge par un surcroît et un surcroît d’amour.
Où l’esprit du Seigneur est sur moi ? Le Seigneur m’a consacré par l’onction, cette onction sainte qui change mon identité. Le jour de mon baptême, c’est 24 heures après ma naissance, j’ai été oint, j’ai reçu l’onction qui fait de moi prêtre, prophète et roi. Je n’ai pas encore découvert tout ce que ça représentait, mais je veux à la fois, Seigneur, te servir en servant mes frères.
Nous allons prier pour les malades qui vont être marqués par l’huile des malades, pour les catéchumènes qui vont être marqués par le Saint Chrême. Et nous souhaitons que ce Saint Chrême puisse ordonner aussi des hommes au service du peuple afin que chacun découvre son chemin de sainteté en nous conformant au Fils par le don de l’Esprit. Eh bien, nous devenons prêtres, prophètes et rois.
Prophète :
- Annoncer la bonne nouvelle.
- Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres.
La grande pauvreté n’est pas uniquement la pauvreté matérielle. La pauvreté, c’est de ne pas savoir pourquoi on vit, pourquoi on souffre, pourquoi on meurt, de ne pas savoir de sens à sa vie.
Annonce de la bonne nouvelle.Peuple de prêtres :
Car il nous faut offrir le sacrifice. Il n’y en a qu’un qui nous sauve, c’est le sacrifice de Jésus. Et dans l’Eucharistie, nous nous rappelons ce sacrifice unique de Jésus sur la croix. Ce n’est pas un sacrifice sanglant qui se renouvelle, c’est nous-mêmes qui nous rendons présents à cet unique sacrifice pour recevoir le don de la vie.
Et des rois qui sont serviteurs :
Qui vont avoir le souci des pauvres, des malades, des prisonniers, des exilés, de tous les pauvres du monde.
Aujourd’hui s’accomplit cette nouvelle, la bonne nouvelle. Aujourd’hui, dit Jésus, le bel aujourd’hui de Dieu. Et quand Jésus a dit, aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui parce que l’Esprit du Seigneur est sur Jésus, il est dans l’Église, il est sur tous les baptisés, il est sur les ministres, il est sur les autres, et un peuple saint qui n’a peur de rien, qui s’inquiète de tout. Notre grande inquiétude est de ne pas faire la volonté de Dieu. Nous te bénissons, Seigneur, pour ce peuple de serviteurs.
Nous avons à prendre soin les uns des autres, c’est un des axes missionnaires que nous avons décidé en diocèse : Prendre soin les uns des autres, c’est permettre à l’autre d’aller jusqu’au bout de sa vocation.
Saint Augustin, que nous aimons encore plus avec notre pape Léon, et pas simplement avec nos chers chanoines, disait :
« Avec vous, je suis baptisé, pour vous, je suis prêtre. »
« Avec vous, je suis baptisé, pour vous, je suis évêque. »Notre traduction, si je m’effraie d’être à vous, je me console d’être avec vous, parce que je suis comme vous, pauvre pécheur, pardonné, appelé à la sainteté. C’est bien cette plénitude du sacerdoce dont il nous faut dans chaque diocèse, afin que ensemble nous puissions offrir sur la patène le pain qui deviendra le corps du Christ, que nous puissions le recevoir et le donner, le donner à ceux qui l’attendent.
Cardinal Aveline, dans sa méditation sur l’Eucharistie, disait :
« La mangeoire, comme la patène, accueille le corps de Christ Jésus dans la simplicité, la fragilité, la vulnérabilité et l’extrême confiance en l’homme, extrême confiance en l’homme, qui caractérise tout autant le geste de Dieu lorsqu’il s’incarne que celui de l’Église dans l’Eucharistie. Dans l’Eucharistie, l’Église fait confiance à Dieu, fait confiance à l’homme en sa capacité de renouvellement, que nous devenions vraiment des artisans de paix en notre monde. »
Oui, notre Charente a besoin d’être chamboulée par des saints. Est-ce que nous acceptons ce défi ? Pour cela, il faut que nous suivions Jésus dans son sacrifice et que nous recevions l’onction.
Frères et sœurs, vous qui allez recevoir le baptême, regardez vos frères aînés, frères et sœurs aînés, comme ils sont souriants, heureux, joyeux de prier le Seigneur, de venir à la messe le dimanche. Parce que vous les voyez ainsi, vous avez envie d’être comme eux, parce qu’on évangélise bien que par imitation.
Vous voyez notre responsabilité à nous, qui sommes vieux baptisés, et nous vous regardons, jeunes catéchumènes, avec votre ferveur, votre désir d’aimer davantage. Oui, vous ne serez pas déçus, car l’espérance ne déçoit pas puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous est donné.
Et l’Esprit-Saint, c’est l’onction, et l’Esprit-Saint, c’est l’huile consacrée qui ne vient pas extérieurement bouleverser, mais vient profondément changer notre cœur dans notre identité pour que nous devenions des enfants de Dieu et que nous acceptions la mission.
La mission en Charente, elle est commune à tous. Nous avons tous besoin les uns des autres. Et si nous accomplissons tous la volonté de Dieu, alors notre Charente bien-aimée sera bouleversée profondément.
Et nous agrandirons cette cathédrale qui sera beaucoup trop petite. Elle est juste à la bonne taille. On pourrait dire, ça suffit. Non, ça ne suffit pas. Ils sont combien de milliers à attendre votre ferveur, votre sourire, votre joie de croire, la joie d’aimer et la joie d’espérer ? Amen.
+ Mgr Hervé Gosselin









Une réponse sur « Homélie de Mgr Hervé Gosselin pour la messe Chrismale »
Merci Père pour cette belle cérémonie et ce bel enseignement !