Lors de la messe des peuples célébrée à la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême à l’occasion de l’Épiphanie, Mgr Hervé Gosselin a invité l’assemblée à accueillir la lumière du Christ manifestée aux nations comme un appel à la foi, à l’unité et à la diversité dans l’Église. À travers l’exemple des mages venus d’Orient, il a souligné la nécessité d’une foi vivante, d’une communion entre les croyants et d’un engagement renouvelé pour la paix, tout en rendant grâce pour ses dix années d’épiscopat et en clôturant symboliquement l’année jubilaire vécue dans le diocèse.


Aujourd’hui, fête de l’Épiphanie, les rois mages viennent de loin.
À la suite des bergers, ils viennent adorer le Seigneur
On pourrait penser que l’arrivée du nouveau-né, comme c’est souvent le cas dans nos familles, attire toute la sympathie et la tendresse du cœur de l’homme.
Pourtant, ce n’est pas vrai. Le roi Hérode y voit déjà un concurrent possible qu’il lui faut éliminer.
Mais suivons un peu ces mages. Le silence a été profond lorsque l’étoile a disparu dans la région de Bethléem, juste au sud de la crèche.
Car elle n’était qu’un signe, un guide pour trouver la vérité tout entière.
Dieu présent au milieu de nous. Emmanuel, celui qui sauve Jésus, qui se manifeste en ses jours et se fait connaître.
Ces rois mages ont fait preuve de docilité et d’humilité.
Je sais que je ne sais pas, donc je cherche.
Ce sont des chercheurs. L’étoile a été leur guide depuis des semaines, voire des mois.
Ils ont marché. L’étoile a excité leur esprit critique, empreint de rationalité et de curiosité.
Ils sont passés par Jérusalem qui leur a fait rencontrer les responsables politiques, le roi, Hérode, des théologiens et des biblistes.
Ces rencontres ont excité encore leur intelligence.
Ils ont appris la grandeur de Dieu qui a promis de venir, prophétie d’Isaïe, pour sauver les hommes, le Messie.
Mais leur cœur aspire à plus. Ils se remettent en route après avoir traversé Jérusalem, car la foi est transrationnelle.
Elle ne peut pas se cantonner à la raison, car la foi est aussi une affaire de cœur.
Et les mages considèrent avec une grande stupeur ce qu’ils voient.
Le ciel sur la terre, la terre dans le ciel, l’homme en Dieu, Dieu dans l’homme, et celui que le monde entier ne peut contenir enfermé dans le corps d’un tout petit.
Et dès qu’ils le voient, ils proclament qu’ils croient sans discuter en offrant leurs dons symboliques, lançant, ils confessent que celui-ci est Dieu.
Par l’or, il est roi. Par la myrrhe, ils annoncent sa mort future, nous dit saint Pierre Chrysologue.
Les pères de l’Église, comme Jean Chrysostome, ont fixé des traditions pour commémorer le même jour trois événements : l’Adoration des mages, le baptême dans le Jourdain, trente ans plus tard, et les Noces de Cana, premier miracle de Jésus.
Dès le Moyen Âge, la liturgie chrétienne a rassemblé ces trois événements, mais la piété et l’art chrétien ont privilégié l’Adoration des mages.
Seule l’Église orthodoxe arménienne a conservé cette antique tradition de la célébration de la Nativité et du baptême du Christ.
Ces trois grandes fêtes, manifestation de Dieu, révélation de Dieu, ils montrent son visage, s’enracine dans le mystère de la Nativité où Dieu se rend visible à ses parents, comme il est visible aux bergers et aux mages.
Et cette nativité qui s’enracine, bien sûr, dans la grande fête de l’Incarnation, l’Annonciation, où Jésus, le Fils éternel du Père, vient dans le corps et le sein de la Vierge Marie.
Vous voyez le lien entre le baptême du Christ et l’Épiphanie.
Donc pour moi, il est facile de fêter aujourd’hui et de rendre grâce pour mes dix ans euh, d’épiscopat.
En cette fête, ils sont un petit peu les mêmes.
Nous pouvons les fêter ensemble. Je peux vous dire qu’après dix ans d’expérience, je vois mieux ce qui- ce qu’il ne faut pas faire.
Ce qu’il faudrait faire, et que parfois je ne fais pas.
Je mesure tout le bien-fondé de cette mission d’évêque pour à la fois conduire un peuple, l’enseigner, veiller à l’unité, alors que comme vous, je suis baptisé, simple baptisé.
Je mesure cet équilibre nécessaire pour remplir cette fonction en ne tombant ni dans l’excès d’autorité, préjudiciable, ni dans l’insuffisance d’autorité, tout aussi préjudiciable, puisqu’elle porte- elle laisse la porte ouverte à tous les individualismes et toutes formes de communautarisme, y compris dans un diocèse.
Les événements récents de l’Église universelle montrent l’importance de la synodalité qui donne une place à chacun.
C’est aussi la mission épiscopale. Je rends grâce pour les prêtres qui sont mes plus proches collaborateurs pour sanctifier le peuple par la célébration des sacrements, par la proximité de chacun, par une vie donnée à tous.
Ce sont eux qui sont chargés, par subsidiarité, à faire l’unité de leur communauté.
Et comme nous le disait le pape François dans la joie de l’Évangile, cette grande diversité que nous trouvons dans un diocèse et que nous voulons manifester par cette fête, cette messe des peuples, par cette épiphanie.
La tradition nous dit qu’il y en avait un noir, un jaune et un blanc. L’idée, c’est véritablement de montrer que nous sommes tous égaux.
Tous égaux et tous, nous devons accueillir le salut par des choses simples.
Et le Pape nous disait : La diversité doit être réconciliée avec l’aide de l’Esprit Saint.
Lui seul peut susciter la diversité et la pluralité et en même temps réaliser l’unité.
C’est l’Esprit Saint qui est à l’œuvre pour la diversité.
Regardez les espèces de fleurs, d’oiseaux, d’animaux.
Cette diversité, c’est le signe de Dieu. Et quand je vous regarde tous, j’en vois pas, pas deux semblables.
En revanche, quand c’est nous qui prétendons être la diversité et avoir raison et que nous nous enfermons dans nos particularismes, nous provoquons la division.
Et nous imposons l’uniformité. Ceci n’aide pas la mission de l’Église, disait notre Pape.
L’Esprit Saint qui est à l’œuvre et qui est la source de la diversité est le seul à pouvoir faire notre unité.
Je rends grâce pour les différentes sensibilités que nous trouvons également parmi les prêtres.
Je rends grâce pour les diacres qui sont disponibles pour le service des pauvres et qui doivent se donner toujours davantage.
Car les pauvres, vous les aurez toujours avec vous.
Moi, vous ne m’aurez pas toujours, dit Jésus.
Et si vous ne donnez pas le verre d’eau qui est demandé par le pauvre, alors, vous n’êtes pas de vrais enfants de Dieu, vous dit le Seigneur.
Il le dit à tous. Je rends grâce pour les religieux, les religieuses qui orientent nos cœurs vers la fraternité et le sens du sacré.
Je rends grâce pour tous ces laïcs engagés qui acceptent de se donner eux-mêmes, de faire partie d’un conseil, d’une EAP, de tous ceux qui accomplissent la mission de l’Église auprès des catéchumènes, des malades, des prisonniers, des enfants pour la catéchèse.
Merci à ceux qui chantent. Merci à ceux qui fleurissent.
Merci à ceux qui s’occupent du linge d’hôtel et assurent le ménage.
Merci à ceux qui veillent à la qualité du son.
Tout est important. Et dans ce monde désenchanté, nous voulons faire monter vers le ciel notre louange, notre unité et la joie.
La joie que nous avons de marcher ensemble en cette année nouvelle où le Seigneur nous donne rendez-vous.
Je veux être au rendez-vous de sa promesse.
Alors, l’Épiphanie, mes dix ans d’épiscopat, et puis ce jubilé, nous allons fermer la porte de l’année jubilaire.
Vous savez, une année jubilaire, c’est comme une pause dans une randonnée.
On ne peut pas y rester. Après avoir repris des forces, nous reprenons notre route avec un joyeux courage.
Et c’est bien cela, le sens des années jubilaires.
Bon, tous les vingt-cinq ans, il n’y a rien d’exagéré.
On refera une pause dans vingt-cinq ans. Entre-temps, en marche, en avant, on avance.
Comme je le disais tout à l’heure, nous sommes frappés par l’actualité, par l’émergence de tous ces impérialismes, l’emprise du monde avec la séduction de l’argent, du pouvoir, avec cette violence extrême.
Comment vivre en paix, selon l’Évangile ?
Comment être des artisans de paix ? Posons-nous la question.
J’avais évoqué la possibilité de vous donner une lettre pastorale aujourd’hui.
Le travail n’est pas fait, mais ça va venir.
Patience. Je pense que si je le cite maintenant, c’est qu’il y a cette idée de paix.
Ça me semble si important de pouvoir vivre en paix les uns avec les autres, car nous ne pouvons pas prier pour la paix en Ukraine ou au Venezuela si nous ne faisons pas de manière décidée, si nous ne prenons pas la décision de faire la paix entre nous.
Ce qui est, bien sûr, crucifiant. Et nous avons fêté la Journée mondiale de la paix avec notre pape qui souhaite que nous ayons un cœur désarmé.
Le patriarche Athënagoras disait : J’ai mené la guerre la plus dure qui soit, la guerre contre moi-même.
Maintenant, je suis désarmé. Je n’ai plus peur, car je ne veux pas avoir raison.
Je veux qu’on vive ensemble dans la paix.
Il invitait, il invitait le pape, chacun, à replacer, à remplacer ces fardeaux de l’égoïsme, de la haine et de la peur de l’avenir par la générosité, le pardon et l’espérance.
Nous avons le mal et nous avons l’antidote.
Être chrétien, c’est prendre dans nos cœurs l’antidote, pas simplement pour nous-mêmes et nos propres familles et nos propres groupes, mais pour le monde entier.
Car si le mal est contagieux comme la grippe, le bien l’est également.
Et la force du témoignage est là. Le pape nous dit que la paix n’est pas simplement l’absence de guerre, mais un chemin de justice et de réconciliation.
Cela suppose de commencer par des gestes concrets, se rencontrer, écouter, dialoguer, partager, alléger nos dettes, soutenir les plus vulnérables.
C’est ce que vous avez fait aujourd’hui en acceptant de venir jusqu’à cette cathédrale.
Alors que le beau temps, peut-être, vous aurait incité à aller vous promener dans les vignes. Mais il était important que vous soyez là et vous êtes et vous accomplissez votre devoir.
Soyons en cette fête de l’Épiphanie, des artisans de paix ou au moins avec le désir de le devenir, en cultivant un esprit d’ouverture et de bienveillance.
L’Évangile se termine par ce petit verset.
Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Ça veut dire qu’ils ont changé. Il y a un chant qu’on chantait avec les jeunes il y a quelques années.
C’est Ne rentrez pas chez vous comme avant.
La fête de l’Épiphanie doit nous changer.
Si le Seigneur veut rejoindre tous les hommes et tous les hommes, que nous puissions véritablement nous laisser convertir, c’est-à-dire changer de l’intérieur.
Nous convertir afin de repartir chez nous, ça veut dire dans notre maison ce soir, mais aussi dans notre paroisse, avec cette désir de faire la volonté de Dieu.
Marie, elle, méditait tous ces événements dans son cœur.
Elle ne comprenait pas tout d’emblée. Elle y a été progressivement, suivant ce que le Seigneur lui faisait connaître.
En mon temps, dit le Seigneur, j’agirai vite.
Le patriarche Bartholomé, à Lourdes, aux évêques de France, il y a un mois, nous disait que nous ne souffrons pas assez de nos divisions.
Il faut souffrir de nos divisions, ne pas en prendre notre parti.
Car le miracle de l’unité va s’accomplir, de l’œcuménisme, de cette dimension où la vérité va être lumière dans nos ténèbres.
Oui, frères et sœurs, marchons avec confiance en cette année nouvelle et puissions-nous nous offrir nous-mêmes.
Car si les mages ont offert de l’or, de la myrrhe et de l’encens, nous savons qu’à chaque Eucharistie, ce qui compte, c’est l’offrande de nous-mêmes.
Pas simplement l’offrande de la quête, quoique.
L’offrande matérielle est importante aussi.
Signe de ce que nous voulons donner. Mais l’hostie de ta messe, c’est toi.
C’est toi qui a besoin d’être converti. Alors, pourriez-vous convertir avant de donner la quête, d’ailleurs, au faible nom ?
Pour que le Seigneur vous donne des bonnes idées.
Seigneur, merci, car tu es là, au milieu de nous, au milieu de ton peuple.
Tu es parfois derrière pour nous pousser, tu es parfois devant pour nous montrer la route, tu es souvent au milieu de nous comme un anonyme.
C’est l’exemple de ce que nous disait le Pape aussi à propos de l’évêque, qui doit être devant ou derrière ou au milieu.
L’important, c’est d’arriver ensemble là où le Seigneur nous veut.
L’étoile, nous l’avons et nous la chanterons tout à l’heure avec l’Alma Redemptoris Mater, l’étoile de la mère, Marie, qui nous mène forcément à Jésus puisque c’est son rôle.
Et si vous ne savez pas comment vous convertir, demandez à la Vierge Marie.
Elle a toujours plein de bonnes idées.
Et Saint Joseph, le protecteur de la Sainte Famille, nous donnera la force, effectivement, de marcher et de protéger ce que nous avons de plus précieux, Jésus, au milieu de son peuple.Amen.
+ Mgr Hervé Gosselin






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