Livre : Le Christ rouge, de Guillaume Dezaunay

Lirairie

Publié le 8 septembre 2023

Parmi les bonnes nouvelles des publications de cette rentrée, il y a ce « Christ rouge, la révolution de l’Evangile », aux éditions Salvator (170 pages, 16 €).

Son auteur, Guillaume Dezaunay est bien connu en Charente, du côté d’Angoulême et de Magnac-sur-Touvre. Il est intervenu récemment dans nos conférences de Carême du Doyenné Grand-Angoulême. Jeune, il a été lycéen à Guez-de-Balzac et fréquentait l’aumônerie que j’accompagnai alors ! Vingt ans plus tard, le voilà professeur de philo à Metz et engagé dans plusieurs mouvements ou animateur de « café-philo ».

Il faut lire le “Christ rouge”. Enfin un livre qui ose aborder les problèmes de notre temps et ouvrir l’évangile pour ce qu’il dit. C’est si rare aujourd’hui dans l’Eglise. Personne n’aborde vraiment ces thèmes si importants, décisifs et vitaux pour notre monde et son avenir, et pour la foi ! En tirant le fil des paraboles sur l’argent, la gestion, l’intendance, plus nombreuses qu’on ne le croit dans l’évangile, Guillaume développe des éléments de théologie sociale sur les thèmes de l’avoir et du pouvoir et les prolonge en donnant des pistes de mise en œuvre pratique pour notre société et notre Eglise. Au centre de son propos : vivre de l’Esprit du Règne qui est justice et bonté. Contre l’évasion du réel, la naïveté bien-pensante, le refuge identitaire, l’abandon relativiste, Guillaume nous interpelle tous, personnellement, comme il interpelle aussi ceux qui peuvent agir sur les structures orientant notre avenir commun.

Son propos, tellement juste, est une saine réaction aux dérives de notre monde dans les domaines tant économiques, sociaux, environnementaux. Tout citoyen, chrétien ou non chrétien, devrait lire ce livre de bon sens, où Guillaume Dezaunay avec beaucoup de savoir et de simplicité dénonce les méfaits du capitalisme triomphant dans notre monde de 2023. Son essai contribue à une prise de conscience dans l’institution Eglise qui a un rôle à jouer pour changer les choses au nom de l’Evangile. Pour conclure avec humour, ce livre vaut une encyclique !

Un souffle salutaire donc, qu’il convient maintenant de faire connaitre et de diffuser.  

Laurent Maurin, prêtre  

Livre disponible à la Librairie de la Maison diocésaine « Le bon grain » à partir du 7 septembre et dans certaines librairies et chez l’Editeur.

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Une réponse sur « Livre : Le Christ rouge, de Guillaume Dezaunay »

CHEL Gabriel dit :

En complément du ”Christ rouge” :

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« Posséder plus que nécessaire, c’est voler les pauvres ».
Saint Basile de Césarée (327-379)
« La propriété, c’est le vol ! ».
Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865)

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http://remacle.org/bloodwolf/eglise/basile/avarice.htm%5BExtraits%5D

Saint Basile de Césarée (327-379)
[…]
Tels sont les riches. Des biens qui sont communs, ils les regardent comme leur étant
propres, parce qu’ils s’en sont emparés les premiers.

Que si chacun, après avoir pris sur ses richesses de quoi satisfaire ses besoins
personnels, abandonnait son superflu à celui qui manque du nécessaire, il n’y aurait
ni riche ni pauvre.

N’êtes-vous pas sorti nu du sein de votre mère ? Ne retournerez-vous pas nu
dans le sein de la terre ? Et d’où vous viennent les biens dont vous êtes possesseur ?
[…]
Vous qui engloutissez tout dans le gouffre d’une insatiable avarice, vous croyez
ne faire tort à personne, lorsque vous privez du nécessaire tant de misérables.

Quel est l’homme injustement avide ? N’est-ce point celui qui n’est pas satisfait
lorsqu’il a suffisamment ?

Quel est le voleur public ? N’est-ce pas celui qui prend pour lui seul ce qui est à chacun ?

N’êtes-vous pas un homme injustement avide, un voleur public, vous qui vous appropriez
seul ce que vous avez reçu pour le dispenser aux autres ?

On appelle brigand celui qui dépouille les voyageurs habillés : mais celui qui ne revêt
pas l’indigent nu, mérite-t-il un autre nom ?

Le pain que vous enfermez est à celui qui a faim ; l’habit que vous tenez dans vos coffres
est à celui qui est nu ; la chaussure qui se gâte chez vous est à celui qui n’en a pas ;
l’or que vous enfouissez est à celui qui est dans le besoin.
[…]

__________________________

Extraits de la 1ère lettre de St Jean (vraisemblablement écrite entre 100 et 110)

Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons
les frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort.

Si quelqu’un possède les biens du monde, et que, voyant son frère dans le besoin,
il lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ?

Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu.
Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour.

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Evangile selon St Marc chapitre 10

« Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche
de rentrer dans le royaume de Dieu. »

Evangile selon st Matthieu chapitre 19

Jésus dit à ses disciples : « Amen, je vous le dis : un riche entrera difficilement dans
le royaume des Cieux. Je vous le répète : il est plus facile à un chameau de passer
par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. »
Entendant ces paroles, les disciples furent profondément déconcertés, et ils disaient :
« Qui donc peut être sauvé ? » Jésus posa sur eux son regard et dit : « Pour les
hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. »

Commentaire de GC : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou
d’une aiguille qu’à un riche de rentrer dans le royaume de Dieu. » a dit Jésus ;
et ce n’était pas une condamnation, mais plutôt une constatation,
car si le royaume des cieux est celui de la justice, de la fraternité, du partage,
celui qui garde pour soi alors que son frère a faim, s’en exclu.

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Jean-Jacques ROUSSEAU, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité
parmi les hommes

« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : “Ceci est à moi” et trouva
des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de
crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au
genre humain celui qui, arrachant les pieux et comblant le fossé, eût crié à ses
semblables : “Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez
que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne !” ».

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« Posséder, c’est souiller. » Simone Weil

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Le Tao [extraits http://www.syti.net/TAO/Tao.html ]

« Plus il y a d’interdits et de prohibition, plus le peuple s’appauvrit.
Plus on possède d’armes meurtrières, plus le désordre sévit.
Plus se développe l’intelligence fabricatrice, plus en découle d’étranges produits.
Plus se multiplient les lois et les ordonnances, plus foisonnent les voleurs et
les bandits. »

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Claude Lévi-Strauss (1908-2009)

« J’ai le sentiment que toutes les tragédies que nous avons vécues,
d’abord avec le colonialisme, puis avec le fascisme, enfin les camps d’extermination,
cela s’inscrit non en opposition ou en contradiction avec le prétendu humanisme sous
la forme où nous le pratiquons depuis plusieurs siècles, mais, dirai-je, presque dans
son prolongement naturel.

Puisque c’est, en quelque sorte, d’une seule et même foulée que l’homme a commencé
par tracer la frontière de ces droits entre lui-même et les autres espèces vivantes,
et s’est ensuite trouvé amené à reporter cette frontière au sein de l’espèce humaine,
séparant certaines catégories reconnues seules véritablement humaines d’autres
catégories qui subissent alors une dégradation conçue sur le même modèle qui servait
à discriminer entre espèces vivantes humaines et non humaines. Véritable péché originel
qui pousse l’humanité à l’autodestruction.

Le respect de l’homme par l’homme ne peut pas trouver son fondement dans certaines
dignités particulières que l’humanité s’attribuerait en propre, car, alors, une fraction de
l’humanité pourra toujours décider qu’elle incarne ces dignités de manière plus éminente
que d’autres.
Il faudrait plutôt poser au départ une sorte d’humilité principielle: l’homme, commençant
par respecter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se mettrait ainsi à l’abri
du risque de ne pas respecter toutes les formes de vie au sein de l’humanité même.

Se préoccuper de l’homme sans se préoccuper de toutes les autres manifestations
de la vie, c’est, qu’on le veuille ou non, conduire l’humanité à s’opprimer elle-même,
lui ouvrir le chemin de l’auto-oppression et de l’auto-exploitation».

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Anne et Daniel Meurois–Givaudan

« Qu’éprouverions-nous si des êtres dotés d’une forme de vie plus élaborée que la nôtre
et ne nous laissant que peu de chances de dialoguer avec eux, trouvaient normal
et appétissant de nous inclure dans leur menu ? »

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ISAAC LE SYRIEN (aux environs de 640-700)

« Qu’est-ce […] que la pureté ? C’est un cœur compatissant pour toute la nature créée.
[…]
Et qu’est-ce qu’un cœur compatissant ? […]
C’est un cœur qui brûle pour toute la création, pour les hommes, pour les oiseaux,
pour les bêtes, pour les démons, pour toute créature.
Lorsqu’il pense à eux, lorsqu’il les voit, ses yeux versent des larmes.
Si forte, si violente est sa compassion […] que son cœur se brise lorsqu’il voit le mal
et la souffrance de la plus humble créature.
C’est pourquoi il prie avec larmes à toute heure […] pour les ennemis de la vérité
et tous ceux qui lui nuisent, afin qu’ils soient gardés et pardonnés.
Il prie même pour les serpents dans l’immense compassion qui se lève en son cœur,
sans mesure, à l’image de Dieu. »

________________

Victor Hugo
Paroles d’un conservateur à propos d’un perturbateur Les Châtiments ( 1853 )

[…]

Ce novateur prêchait une philosophie.
Amour, progrès, mots creux, et dont je me défie.
Il raillait notre culte antique et vénéré.
Cet homme était de ceux qui n’ont rien de sacré,
Il ne respectait rien de tout ce qu’on respecte.

Pour leur inoculer sa doctrine suspecte,
Il allait ramassant dans les plus méchants lieux
Des bouviers, des pêcheurs, des drôles bilieux,
D’immondes va-nu-pieds n’ayant ni sou ni maille ;
Il faisait son cénacle avec cette canaille.

Il ne s’adressait pas à l’homme intelligent,
Sage, honorable, ayant des rentes, de l’argent,
Du bien ; il n’avait garde. Il égarait les masses.

[…]

On voyait accourir vers lui d’affreux payens,
Couchant dans les fossés et dans les fours à plâtre,
L’un boiteux, l’autre sourd, l’autre un œil sous l’emplâtre
L’autre râclant sa plaie avec un vieux tesson.

L’honnête homme indigné rentrait dans sa maison
Quand ce jongleur passait avec cette séquelle.

Dans une fête, un jour, je ne sais plus laquelle,
Cet homme prit un fouet, et criant, déclamant,
Il se mit à chasser, mais fort brutalement,
Des marchands patentés, le fait est authentique,
Très braves gens tenant sur le parvis boutique,
Avec permission, ce qui, je crois, suffit,
Du clergé qui touchait sa part de leur profit.

Il traînait à sa suite une espèce de fille
Il allait, pérorant, ébranlant la famille,
Et la religion, et la société ;
Il sapait la morale et la propriété ;

Le peuple le suivait, laissant les champs en friches ;
C’était fort dangereux.
Il attaquait les riches,
Il flagornait le pauvre, affirmant qu’ici-bas
Les hommes sont égaux et frères, qu’il n’est pas
De grands ni de petits, d’esclaves ni de maîtres,
Que le fruit de la terre est à tous ;
quant aux prêtres,
Il les déchirait ; bref, il blasphémait. Cela
Dans la rue. Il contait toutes ces horreurs-là
Aux premiers gueux venus, sans cape et sans semelles.

Il fallait en finir, les lois étaient formelles,
On l’a crucifié. » […]

25 décembre 1852. Jersey.

____ fin ___

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