Un potager à la maison diocésaine

Solidarité

Dans un but à la fois pédagogique et collaboratif, l’équipe CCFD charentaise initie un projet de potager dans les jardins de la maison diocésaine.

Interview de Marie-Bernard Vigier, membre de l’équipe diocésaine CCFD-Terre solidaire, mené en mars 2020.

D’où vient l’idée d’un potager à la maison diocésaine ?

MBV : La maison dio, c’est un lieu que je connais de tout temps, mes parents étaient au CMR. Gamin j’y jouais mais je la connaissais de l’extérieur. J’y reviens en réunion pour le CCFD et je voyais toujours ce lieu qui – était un potager- en friche en jachère, bien entretenu, comme une pelouse. Cela me posait question, sachant qu’on est obligé d’acheter des denrées alimentaires et qu’on pourrait en avoir une partie produites dans la maison. 
A travers le projet de potager « au naturel », on joue un rôle pédagogique pour mettre en avant les valeurs que l’on défend au CCFD, à travers l’agro-écologie, ensemble avec d’autres personnes, par exemple les amis d’Eglise verte.
Il faut savoir où on va et y aller doucement. En ce moment le coronavirus nous oblige à différer certaines activités, par exemple mettre les dépôts pour les réservoirs d’eau
On ne l’appellera pas « bio » pour ne pas chagriner ceux qui lient cela à une certification mais ce sera complètement naturel et agroécologique…

Qui est dans la danse ? 

On est 7 ou 8 personnes, dont plusieurs membres des équipes du CCFD (même s’ils sont un peu coincés par la garde des enfants et le coronavirus en ce moment) ; Il y en a de plusieurs équipes locales de la Charente limousine. 
Au sein de la maison dio, on a un petit collectif d’orientation. Moi je passe beaucoup de temps à expliquer, écouter beaucoup, je ne suis pas toujours compris. Il y a deux jeunes femmes très attentives qui aident à porter le projet : Louisa de l’accueil, elle est convaincue, elle soutient le projet, elle prend des notes et fait les comptes rendusCaroline, qui est aux ressources humaines et qui est aussi convaincue du projet. Pour elles, le défi est d’entrer dans une démarche collective.

Pour les personnes plus âgées c’est plus compliqué. Elles s’inquiètent de tout ce que ce potager va exiger en termes de soins, de ressources. 
Le point difficile : la question de l’eau car il y a besoin de l’eau pour arroser. On va avancer progressivement. 
Le plus dur pour moi est d’avancer doucement, sans me braquer, en défendant le projet, en convainquant les gens, sans m’imposer. 
Ce qui est intéressant est tout ce que cette affaire de potager « brasse » dans la maison. Les gens en discutent. On a des soutiens inopinés : par exemple, le jeune cuisinier, que je découvre avec plaisir. On est très complices et c’est important.

Où en êtes-vous ? 

On en est à l’apprentissage pratique et à la construction de la petite équipe qui va porter et prendre soin du potager
On a défini la parcelle. On laisse une pelouse aux scouts. Au milieu on va faire un espace détente et des bacs de terre. Dans la partie devant la serre, on va commencer à cultiver dans l’immédiat (après le confinement…)
On se prépare à planter les pommes de terre , puis les butternuts et citrouilles de tailles diverses (car le cuisinier s’en sert beaucoup pour les soupes). On va planter des artichauts violets, des croque au sel. Il va y avoir des courgettes, des tomates, concombres. On aura aussi des carottes, des panais. 
Un copain va fabriquer des petits parapluies pour protéger les tomates. On les plantera en mai-juin.
Après on a les fruits rouges, framboisiers et groseilliers. Il y a déjà des fraisiers, on ne sait pas ce que cela va donner. Peut-être que les raisins, ça va marcher. Il y a déjà des treilles que nous avons retaillées, il y en a une quinzaine de pieds tout en bas, vers le parking. 
A l’automne on installera de l’ail, des oignons, des poireaux.

La zone centrale, ça va être des carrés de 1,20 de côté. On va essayer de les faire fabriquer par les scouts. On va proposer aux gens d’y cultiver leurs salades. Je veillerai dessus mais c’est les gens qui s’en occuperont. On va installer quelques bancs et tables pour profiter du lieu quand il fait beau.

Qu’est-ce que ce potager peut apporter à la maison diocésaine et à la communauté ecclésiale ? 

Il y a tout un travail relationnel entre nous tous qui nous oblige à prendre le temps, à apprendre à se connaitre, à faire preuve de pédagogie
Tout le monde est bien d’accord pour que ce projet soit une occasion pour que la maison dio s’ouvre vers l’extérieur et accueille aussi des personnes de l’extérieur qui veulent avoir un peu d’espace vert. Il y a une vraie volonté d’ouverture vers l’extérieur. 
Maintenant, il faut que les gens viennent dans cette maison… On n’a pas encore médiatisé la chose. On commence par les gens qui travaillent à la maison dio puis on va en parler peu à peu. 
J’ai été surpris que cette ouverture de la maison diocésaine sur la cité se fasse si simplement, à l’unanimité, cela s’impose à tous. 
On va avoir des légumes maison, de qualité, tout le monde pourra en être fier. Cela donne un élément de « souveraineté alimentaire » très cher au CCFD-Terre solidaire, même si cette petite production n’est pas suffisante pour nous rendre autonomes. Alors que, du temps des carmélites, ce potager donnait à manger à une centaine de religieuses. Mais ça fait réfléchir sur ce que signifie, la souveraineté alimentaire… chez nous et à l’échelle de tous les pays du monde. L’enjeu de fond est le même !
L’expérience de ce potager nous relie aussi à l’histoire du lieu. J’ai appris des tas de choses sur le passé de notre maison diocésaine. Avant, cette maison était un grand séminaire et avant, c’était un couvent de carmélites. C’est pour cela qu’il y a un cloître et une grande chapelle. Le couvent abritait une centaine de sœurs. Elles ont été expulsées de chez elles en 1901 avec les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Cela m’a fait discuter avec l’archiviste qui m’a raconté qu’elles ont émigré en Australie !

Depuis l’arrivée de l’adduction d’eau, l’ancienne citerne n’est plus utilisée et on a oublié où elle était. J’ai ma petite idée… l’ancienne citerne, elle fournissait tout le lieu. On pense que, s’il y avait une source, elle venait peut-être de plus haut. Mais l’eau de pluie que pouvait récupérer le toit du couvent devait permettre d’alimenter une citerne qui assurait l’autosuffisance. On mène l’enquête pour essayer de la retrouver et la remettre en service. En tout cas, c’est de la bonne terre, qui porte très bien.
Il y a plein de choses à découvrir encore. A côté de la maison diocésaine, il y a une autre maison où habitent de prêtres. Ces bâtiments sont énormes. 
Toutes les conversations apportent quelque chose à la vie de la maison diocésaine. Les gens commencent à nous connaître. C’est bienveillant. Cela fait longtemps que les gens se demandaient ce qu’ils allaient faire pour s’occuper de ce jardin. Cela créée toute une effervescence. Les responsables de la catéchèse s’impliquent. Et puis tout le monde connaît Laure, qui est de l’équipe du CCFD Terre-Solidaire et travaille pour le diocèse. C’est une population très variée.

Comment et avec quels moyens ?

Nous venons de participer au « Budget Participatif ». A l’initiative du Conseil Départemental de la Charente, une dotation peut être donnée aux projets entrant dans le cadre du développement local et durable. Nous y avons répondu. C’est à l’état « d’idée » ainsi que 384 autres idées. Le département étudie la faisabilité des idées du 29 février au 18 mai 2020. Ensuite, il faudra que l’on vote pour 3 projets. Toute personne peut participer et ne peut participer qu’une fois On peut le consulter en ligne sur budget participatif16.lacharente.fr 
Si notre projet est élu et cela dépendra de nous tous, de nos votes (en le 18 mai et le 19 juin inclus), nous aurons un financement qui devra nous permettre d’investir dans une citerne, réserve d’eau, dans du matériel de jardin (tables, chaises, etc.) pour rendre ce lieu convivial et à la disposition du public (interne à la maison dio mais aussi en externe aux habitants du quartier)

Ce lieu est porté par l’équipe du CCFD-terre solidaire : Qu’est-ce que vous voulez que ce potager raconte du CCFD et de l’action de ses partenaires ? 

C’est évident que le lien avec la souveraineté alimentaire est fort. Cela donne à voir tout l’intérêt de cultiver ses aliments, cela fait réfléchir à des questions essentielles. Sur ces points, on est très en phase avec les équipes qui portent le projet Eglise Verte. L’encyclique Laudato Si a fait beaucoup de bien à l’Eglise. 
Le projet de potager donne à voir une autre facette de ce que signifie d’être croyants : nous faisons partie de ceux qui pensent que la faim est une injustice et que l’on peut illustrer cet attachement à la justice alimentaire en passant par des gestes et des actes concrets, que l’on pratique ici, chez nous. La foi peut aussi s’exprimer dans des engagements au sein de la communauté, qui renvoient à cet aspect essentiel de la vie qui est le fait de pouvoir cultiver sa terre et se nourrir. C’est la vie. Ce n’est pas forcément cérébral comme démarche.
Cette activité, que nous faisons ici, rappelle le lien essentiel avec les populations paysannes de nombreux pays, que le CCFD – terre solidaire soutient. On les aide à pouvoir cultiver leurs propres terres et assurer une souveraineté alimentaire, chez eux. C’est aussi dans la même optique que nous sommes alliés avec des gens de chez nous, comme ceux de la Ferme bio de Chassagne, à Villefagnan.
On fait ainsi de l’éducation citoyenne et solidaire !!

En savoir plus

Remarque : avec le confinement lié à la pandémie du Covid 19, nous sommes obligés de faire évoluer nos cultures. Impossible d’aller planter les pommes de terre…..Mais nous sommes déterminés, le potager existera !

Pour en savoir plus : ccfd.ts16@gmail.com